Coup de théâtre à l’Hôtel de Ville : lâché pour 30 milliards, Pierre Matthieu Obame Etoughe tombe, Eugène Mba revient

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Libreville vient de vivre 72 heures de haute voltige politique. La session extraordinaire convoquée jeudi par le maire Pierre Matthieu Obame Etoughe s’est soldée par un séisme : l’édile sortant, désavoué par ses propres conseillers municipaux, quitte l’Hôtel de Ville. À sa place, un revenant : Eugène Mba, ancien maire, réinstallé aux commandes de la capitale. L’élément déclencheur ? Un budget 2026 de 30 milliards de francs CFA, voté mais aussitôt contesté, qui a mis le feu aux poudres et fissuré la majorité.

 

Tout part de ce budget. 30 milliards pour faire tourner Libreville en 2026. Sur le papier, l’enveloppe passe. Dans les faits, elle coince. Plusieurs conseillers municipaux, y compris dans le camp de Pierre Matthieu Obame Etoughe, jugent le projet « irréaliste », « déconnecté des urgences », voire « suspect ». Résultat : fronde interne, boudé par ses propres troupes, le maire est contraint de reporter le Conseil municipal. L’impasse est totale. Un maire qui ne contrôle plus sa majorité ne tient pas une semaine. L’UDB l’a compris.

 

C’est là qu’entre en scène la Sablière. Face au blocage, le Secrétaire Général Mays Mouissi sort le communiqué qui remet de l’ordre. Message clair : « Le Président Fondateur, son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, recevra les 103 conseillers UDB ce jeudi à 9h00 ». Traduction : on arrête la récréation. Le Conseil municipal prévu à 9h est décalé à midi. Trois heures pour recadrer, ressouder, et surtout trancher. « La présence de tous les conseillers UDB est de rigueur », martèle Mays Mouissi. En langage Bâtisseurs, « de rigueur » veut dire : si tu manques, tu assumes.

 

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Pourquoi Oligui Nguema en personne ? Parce que Libreville ne peut pas rester otage d’une crise budgétaire. La capitale, c’est la vitrine du pays, la gestion des ordures, des marchés, de la voirie, de l’éclairage. Un Hôtel de Ville paralysé, c’est un désastre politique pour l’UDB, parti majoritaire. Le Président Fondateur reprend donc la main. Il convoque, il écoute dix minutes, puis il décide. Et la décision tombe : Pierre Matthieu Obame Etoughe paie cash son budget de 30 milliards et son incapacité à fédérer. Eugène Mba, l’ancien maire qui connaît la maison, est rappelé pour stabiliser le navire.

 

La session de midi n’était donc qu’une formalité. Le vrai Conseil municipal s’est tenu à 9h à la Sablière, portes closes. Quand les conseillers arrivent à l’Hôtel de Ville, le scénario est déjà écrit. Pierre Matthieu Obame Etoughe fait sa déclaration, prend acte, et sort. Eugène Mba entre. Propre, rapide, chirurgical. C’est la méthode Oligui : pas de guerre de tranchées publique, pas de feuilleton à rallonge. On règle les comptes en interne, puis on affiche l’unité. L’UDB sauve la face et garde la mairie.

 

Cette séquence en dit long sur les rapports de force. Un maire, même élu, ne tient que si le parti le porte. Pierre Matthieu Obame Etoughe l’apprend à ses dépens : voter 30 milliards sans consensus, c’est signer son arrêt politique. Eugène Mba, lui, revient par la grande porte, adoubé par le Fondateur. Il hérite d’une ville exsangue et d’un budget contesté qu’il faudra revoir, expliquer, ou assumer. Sa première mission : recoller les morceaux d’une majorité qui s’est déchirée en public.

 

Pour les Librevillois, la morale est amère : les 30 milliards ne ramassent toujours pas les poubelles. Mais le message politique, lui, est passé. À l’UDB, la ligne du parti prime sur les ambitions individuelles. Oligui Nguema a sifflé la fin de la récréation à 9h00. À 12h01, Libreville avait un nouveau maire. La discipline Bâtisseurs, version express.

 

 

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