Coup de sifflet d’OLIGUI : les 103 conseillers UDB rappelés à l’ordre avant l’élection du maire de Libreville
Libreville retient son souffle. À la veille de la session extraordinaire qui doit désigner le nouveau maire de la capitale, l’Union Démocratique des Bâtisseurs sort le carton rouge. Dans un communiqué sec et sans détour, le Secrétaire Général Mays Mouissi convoque d’urgence les 103 conseillers UDB ce jeudi à 9h00 à la Sablière. Motif officiel : une audience avec le Président Fondateur, Brice Clotaire Oligui Nguema en personne. Traduction pour les non-initiés : on verrouille les rangs avant le vote.
Le timing ne doit rien au hasard. La réunion du Conseil municipal, initialement prévue à 9h, est décalée à midi. Trois heures, pas une de plus, pour recadrer les troupes. Car avec 103 élus sur le papier, l’UDB détient la clé de l’Hôtel de Ville. Mais une majorité ne vaut que si elle vote d’un seul homme. Et visiblement, le QG de la Sablière veut s’assurer qu’aucun « électron libre » ne vienne gripper la machine. « La présence de tous les conseillers est de rigueur », martèle Mays Mouissi. Dans le langage politique gabonais, « de rigueur » veut dire : absence interdite, sauf à vouloir s’attirer les foudres du Fondateur.
Faire intervenir Brice Clotaire Oligui Nguema lui-même n’est pas anodin. Le chef de l’État met sa casquette de Président Fondateur pour rappeler que l’UDB n’est pas une auberge espagnole. Depuis la transition, le parti s’est imposé comme la force pivot du pays. Mais gouverner la capitale, c’est autre chose. Libreville est une vitrine, un enjeu de pouvoir, un budget colossal et des dossiers brûlants : voirie, ordures, marchés, transport. Y installer un maire UDB loyal et discipliné est donc une priorité stratégique. D’où cette convocation express, qui ressemble à s’y méprendre à une répétition générale avant le grand oral de midi.

Sur le fond, cette séquence dit beaucoup du fonctionnement de l’UDB. Le parti assume une discipline de fer. Pas de courants, pas de frondeurs, pas de négociations de couloir à la dernière minute. Oligui Nguema réunit, il écoute, mais surtout il fixe le cap. Les 103 conseillers savent qu’ils doivent leur siège à la vague UDB portée par le Président. La Sablière le leur rappelle poliment, mais fermement : l’investiture oblige. Le message aux autres formations est tout aussi clair : la mairie de Libreville ne se jouera pas à coups de tractations individuelles. Elle se jouera à l’UDB, et selon les règles de l’UDB.
Reste une question : qui sera le ou la choisie ? En convoquant tous les conseillers avant le Conseil, Oligui Nguema évite l’humiliation d’un vote interne qui déraperait. Il prend la température, jauge les loyautés, et adoube. Le maire de Libreville sortira de la salle de la Sablière avant même d’entrer dans l’hémicycle. À 12h, le vote ne sera plus qu’une formalité, une chambre d’enregistrement. C’est brutal, efficace, et ça porte un nom : la realpolitik version Bâtisseurs.
Les Librevillois, eux, attendent des résultats concrets : routes praticables, poubelles ramassées, éclairage public. Ils se moquent des consignes de parti. Mais pour y arriver, il faut d’abord un exécutif municipal qui tient. L’UDB l’a compris. En verrouillant ses 103 voix, elle s’offre la stabilité. Reste à transformer cette discipline en actions visibles sur le terrain. Le vrai jugement viendra après l’élection, quand le nouveau maire devra descendre de la Sablière pour affronter la rue.
En attendant, le communiqué de Mays Mouissi a le mérite de la clarté. Pas de suspense, pas de division : l’UDB avance en rang serré. Jeudi 9h00, la Sablière sera le vrai Conseil municipal de Libreville. À midi, l’Hôtel de Ville ne fera que valider.
