Libreville : Eugène Mba au pied du mur, la capitale n’attend plus les discours
Le rideau est tombé sur le feuilleton de l’Hôtel de Ville. Eugène Mba et sa nouvelle équipe ont officiellement pris les commandes de Libreville. Place nette, les règlements de comptes soldés, l’heure n’est plus aux purges ni aux communiqués. Place au boulot. Et les Gabonais, eux, ont déjà sorti le chronomètre.
La nouvelle équipe municipale hérite d’une ville à bout de souffle. Nids-de-poule béants, tas d’ordures qui s’invitent jusque devant les écoles, lampadaires éteints, marchés insalubres : Libreville crie son abandon. Le précédent exécutif a chuté sur un budget de 30 milliards contesté et une majorité en lambeaux. Eugène Mba, lui, n’a pas droit à l’erreur. Il revient dans un fauteuil éjectable, avec l’œil d’Oligui Nguema et de 103 conseillers UDB braqué sur lui. La moindre faiblesse, et la Sablière sifflera encore la fin de la partie.

Car Libreville n’est pas une mairie comme les autres. C’est la vitrine du Gabon, son premier visage, sa marque déposée. Un touriste, un investisseur, un diplomate : tous jugent le pays à l’état de sa capitale. Quand les caniveaux débordent au centre-ville, c’est l’image du pays qui prend l’eau. Quand les ordures ménagères pourrissent trois semaines sous le soleil, c’est le récit national qui pue. Le maire de Libreville n’administre pas une commune, il porte une réputation. Eugène Mba le sait. Il a déjà occupé le siège. Il sait aussi qu’on ne le jugera pas sur les intentions, mais sur les bennes vidées à 5h du matin.
Le défi est clair : voirie et salubrité. Réparer les axes qui défoncent les amortisseurs, fluidifier les zones de Matiti à Nzeng-Ayong, relancer un vrai plan de ramassage avec des horaires tenus. Il faudra des camions, oui. Mais surtout de la rigueur, des sanctions, du suivi. Les Librevillois ne demandent pas des miracles à 30 milliards. Ils demandent qu’on ne slalome plus entre les déchets pour aller travailler. L’UDB a fait le ménage en interne pour avoir une mairie stable. Cette stabilité doit maintenant se voir dans la rue, pas dans les procès-verbaux.
Eugène Mba n’a pas de période de grâce. Il reprend une ville sous pression, une opinion publique lassée des promesses, et une majorité UDB qui a prouvé qu’elle savait démettre un maire quand ça coince. La balle est dans son camp. Chaque jour sans résultats creusera un peu plus le fossé entre la Sablière et le bitume. Car à Libreville, le seul bilan qui compte est celui que les Gabonais constatent pare-chocs contre nid-de-poule, poubelle après poubelle.
