Fégaboxe K.O. : Nzigou Mamfoumbi quitte le ring, la boxe gabonaise cherche son second souffle

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Coup de gong brutal à la Fédération Gabonaise de Boxe. Moins de deux ans après son élection du 23 avril 2023, Bonaventure Nzigou Mamfoumbi jette l’éponge. Le président démissionne et laisse les gants à son premier vice-président, Dickson Anguinga, chargé d’assurer l’intérim jusqu’en avril 2027. Dans le noble art, on appelle ça un abandon sur tabouret. Et le public gabonais n’a pas vu le match venir.

 

Officiellement, Nzigou Mamfoumbi pointe du doigt l’« absence de soutien de la tutelle ». Traduction : pas de subventions, pas de compétitions, pas d’international. Depuis des années, dit-il, les championnats domestiques tournent au ralenti, les clubs s’asphyxient, et la fédération boxe dans le vide. Les présidents de salle le disent à voix basse depuis Libreville jusqu’à Port-Gentil : sans argent, pas de gants neufs, pas de ring aux normes, pas de déplacements. La Fégaboxe s’est retrouvée à boxer l’État plus que ses adversaires.

 

Le timing ne joue pas en sa faveur. La démission tombe quelques jours après son échec à l’élection du Comité National Olympique Gabonais. Pour une partie de l’écosystème sportif, le geste ressemble à un aveu d’isolement. On quitte la Fégaboxe quand on sent que le coin ne suit plus, que les arbitres sifflent contre vous, et que les sponsors ont déjà rangé les chèques. En deux ans, le bilan fait mal : pas de championnat national structuré, peu de sorties internationales, une gouvernance contestée en interne. Le noble art gabonais est resté à l’échauffement.

 

Derrière les chiffres, c’est tout un sport qui marque le pas. Les jeunes pousses s’entraînent pour des combats qui n’arrivent jamais. Les clubs, privés de compétitions régulières, peinent à garder leurs licenciés. Les entraîneurs bricolent avec des moyens dérisoires, quand ils ne paient pas de leur poche le transport des boxeurs. La Fégaboxe version Nzigou Mamfoumbi aura hérité d’une caisse vide et d’un ministère des Sports perçu comme sourd. Mais elle n’aura pas non plus réussi à imposer un calendrier crédible ni à calmer les tensions internes.

 

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Dickson Anguinga reprend donc un bateau qui prend l’eau. Sa mission est écrite sur le protège-dents : débloquer l’appui de la tutelle, relancer la machine des compétitions, préparer l’après-2027. Sur le papier, c’est propre. Dans la réalité, c’est un combat de poids lourd. Sans subvention, il ne fera pas mieux que son prédécesseur. Avec un ministère pointé du doigt, il devra transformer la pression médiatique en engagements concrets. Les promesses ne font pas gagner de combats.

 

Le ministère des Sports est désormais sous les projecteurs. Il ne peut plus se contenter de communiqués. La boxe gabonaise a un vivier, des salles, des entraîneurs qui tiennent à bout de bras des gamins qui veulent s’en sortir par les poings. Ce qu’il manque, c’est un plan de financement, un calendrier national crédible, et un soutien pour les sorties internationales qui donnent des points et de la visibilité. Si l’État ne suit pas, Anguinga fera office de sparring-partner le temps de finir le mandat.

 

Pour les clubs, la démission est un signal d’alarme, pas une fatalité. Certains s’organisent déjà en circuits locaux pour garder les jeunes actifs. D’autres attendent que la fédération redevienne un arbitre neutre, capable de faire la paix entre les clans et de redistribuer les moyens sans passe-droit. La gouvernance contestée de ces deux dernières années a laissé des cicatrices. Anguinga devra boxer propre, transparent, et vite.

 

Au final, cette démission dit une chose : la boxe gabonaise ne peut plus se payer le luxe des guerres de chapelle et des budgets fantômes. Le sport de combat exige de la rigueur, de l’argent, et un calendrier qui tombe à date fixe. Si le ministère des Sports répond présent, Dickson Anguinga peut encore remettre la Fégaboxe debout avant avril 2027. Sinon, le gong sonnera une deuxième fois, et ce sera pour tout le noble art gabonais.

 

Aimé Jordan PANGO 

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