Port-Gentil fait le ménage : l’audit interne met à nu la machine et lance la refondation
Ce mercredi 13 mai 2026, le Centre Culturel Lambert Ona Ovono a servi de salle d’opération. La mairie de Port-Gentil y a livré la restitution de son audit interne sur les ressources humaines et les finances. Gouverneure, magistrats, forces de défense, élus, directeurs provinciaux : tout le monde était dans la salle. Pas de réunion feutrée, pas de rapport enterré. L’idée était claire : mettre les chiffres sur la table et assumer ce qu’ils disent.
Le maire Pascal Houangni Ambouroue a cadré la démarche dès le départ. Il ne s’agit pas d’empiler des constats pour faire joli. L’audit est pensé comme un levier d’action immédiat. On identifie, on corrige, on réorganise. C’est l’application locale des orientations du chef de l’État sur la bonne gouvernance, la transparence et la modernisation du service public. Le ton est donné : on soigne le malade, on ne rédige pas juste son bulletin de santé.
Sur 954 agents analysés, 507 ont des dossiers sans diplôme ni justificatif exploitable. Plus de 53 % des dossiers administratifs sont incomplets. La masse salariale avale 68 % du budget communal, et 47 % du salaire brut moyen proviennent des primes et indemnités. Traduction : la machine tourne avec un flou administratif coûteux et une dépendance aux primes qui rend la masse salariale difficilement pilotable. On ne peut pas planifier une ville sur une base aussi friable.
Le rapport pointe une pression excessive des charges fixes, une digitalisation encore insuffisante, des procédures de recouvrement largement manuelles et une externalisation massive alors même que des services techniques internes existent. Résultat : peu de marge pour investir, des circuits lents, et une fuite de valeur vers des prestataires externes. Une commune qui ne maîtrise pas son back-office ne peut pas investir dans les rues, l’assainissement, l’éclairage ou les écoles.
Le maire a tenu à le dire haut et fort : ces dysfonctionnements ne remettent pas en cause l’engagement des agents. Beaucoup tiennent la baraque dans des conditions matérielles et techniques compliquées. Saluer leur professionnalisme n’est pas de la communication. C’est reconnaître que l’administration tourne malgré ses failles, grâce à des gens qui compensent par l’initiative individuelle ce que le système ne fournit pas.

L’audit vise à améliorer les conditions de travail, renforcer l’efficacité administrative et donner aux agents les moyens de faire leur job correctement. Cela passe par des dossiers fiabilisés, un contrôle interne renforcé, un suivi des recettes plus rigoureux, une clarification des responsabilités et une modernisation progressive des outils de gestion. Moins de paperasse inutile, plus de traçabilité, moins de zones grises dans qui fait quoi.
Pas question d’attendre un hypothétique plan parfait. La mairie a présenté des actions déjà lancées : fiabilisation des dossiers RH, renforcement du contrôle interne, amélioration du suivi des recettes, clarification des responsabilités administratives et financières, et modernisation des outils de gestion. C’est du concret, du mesurable, du corrigeable. L’audit sert de boussole, pas de monument.
Ce qui change ici, c’est la posture. On passe du pilotage à vue au pilotage par la preuve. Les chiffres RH et financiers deviennent des leviers de décision, pas des secrets d’alcôve. La restitution publique devant les autorités judiciaires, sécuritaires et financières crée une redevabilité immédiate. Quand tout le monde voit les mêmes données, les excuses ne tiennent plus.
La mairie a précisé que cette restitution ne concernait que les volets RH et Finances. D’autres volets suivront. C’est important de le dire pour éviter l’effet “on a tout vu”. La refondation est séquencée. Elle avance par lots, avec des livrables, des responsables identifiés et des délais. La logique est industrielle : diagnostiquer, corriger, vérifier, passer au lot suivant.
Derrière les pourcentages et les procédures, il y a les services rendus aux Port-Gentillais. Une administration plus rigoureuse, plus transparente et plus performante, c’est moins de temps perdu au guichet, plus d’investissements visibles dans les quartiers, et plus de confiance dans l’usage de l’argent public. La refondation de la gouvernance administrative et financière de Port-Gentil ne sera crédible que si les habitants voient la différence dans leur quotidien. Les chiffres sont sortis. Maintenant, place aux résultats.
Aimé Jordan PANGO
