Koulamoutou passe à l’offensive contre les éléphants : le Gabon muscle sa riposte homme-faune

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Les 15 et 16 mai 2026, Koulamoutou est devenue le nouveau point d’appui de la lutte contre le conflit homme-faune au Gabon. La province de l’Ogooué-Lolo accueille désormais sa Base Provinciale d’Atténuation, inaugurée par le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo. Derrière le ruban coupé, une idée simple : rapprocher les moyens d’intervention des villages qui subissent.

 

Le projet est financé par la Central African Forest Initiative et déployé avec l’appui technique de Wildlife Conservation Society et Space for Giants. Traduction concrète : plus d’équipes formées, des procédures de gestion des plaintes qui répondent en heures plutôt qu’en semaines, et des clôtures électriques mobiles prêtes à être posées là où les dégâts sont les plus lourds.

 

Pour les paysans de l’Ogooué-Lolo, le conflit homme-faune n’est pas un concept. C’est une nuit de veille perdue, un hectare de manioc ravagé, un revenu qui s’envole. La base de Koulamoutou vise exactement ça : réduire la casse, sécuriser les récoltes, et éviter que la colère ne se transforme en abattage illégal.

 

Cette inauguration suit celle du Woleu-Ntem en avril. Le plan est séquencé, pas improvisé. L’objectif est de mailler le pays avec des bases provinciales capables d’intervenir vite, d’évaluer les dégâts, de déployer des clôtures mobiles, et d’assurer le suivi technique. La stratégie nationale n’est plus un document sur une étagère. Elle devient un réseau opérationnel.

 

L’inauguration a servi de prétexte pour aller voir la réalité en face. Direction Litseghe, Ndjokanamoye, Mana et Matsatsa. Échanges directs avec les communautés, constats sur les parcelles ravagées, sensibilisation à l’usage et à l’entretien des clôtures électriques. Quand le décideur voit les traces de pas et les troncs cassés, les décisions vont plus vite.

 

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En tant que partenaire de mise en œuvre, Space for Giants installe, forme et suit. Les clôtures électriques mobiles ne sont pas posées puis oubliées. Il y a du contrôle, de la maintenance, des ajustements selon les couloirs de passage des éléphants. L’idée est de protéger sans tuer, de canaliser sans enfermer.

 

Une base provinciale, c’est moins de paperasse et plus de réactivité. Les équipes connaissent le terrain, parlent aux chefs de village, identifient les points chauds. Elles peuvent déplacer une clôture en 24h, documenter les dégâts, déclencher une réponse coordonnée avec les eaux et forêts. La bureaucratie de Libreville ne peut pas faire ça seule.

 

Protéger les champs, c’est protéger la paix sociale. Quand un paysan perd sa récolte trois années de suite, il perd confiance dans l’État. Quand l’État répond vite et efficacement, il regagne cette confiance. Le conflit homme-faune est aussi un test de crédibilité pour l’administration locale.

 

La dynamique ne s’arrête pas à Koulamoutou. Une nouvelle base est prévue prochainement dans le Moyen-Ogooué. L’objectif est clair : couvrir les zones à forte pression, partager les données d’intervention, ajuster les tactiques. Plus le réseau est dense, plus les éléphants sont canalisés, plus les pertes agricoles baissent.

 

Le Gabon choisit une voie pragmatique : cohabitation gérée, pas guerre ouverte. Les clôtures mobiles n’empêchent pas les éléphants de vivre, elles les dissuadent d’entrer dans les champs. Les communautés gardent leurs cultures, les éléphants gardent leur rôle écologique. Si l’exécution suit, Koulamoutou pourrait devenir le modèle que d’autres provinces viendront copier.

A J P

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