Genève : le Gabon veut passer des discours au dépistage massif contre le cancer
Le 16 mai à Genève, le Gabon n’est pas allé à l’OMS pour réciter une déclaration. La ministre de la Santé, Pr Elsa Nkana Joséphine Ayo-Bivigou, a porté un message simple au premier Forum de coordination sanitaire du Commonwealth : contre le cancer, aucun pays ne s’en sort seul, et l’Afrique ne peut plus attendre.
Réunis en marge de la 79ᵉ Assemblée mondiale de la santé, ministres et experts des 56 pays du Commonwealth ont confronté leurs chiffres, leurs blocages et leurs solutions. Thème du jour : “Façonner l’avenir du cancer à travers le Commonwealth”. Traduction pratique : comment mutualiser ce qui marche, du dépistage à l’accès aux traitements, sans réinventer la roue 56 fois.
Dans son intervention, la ministre a insisté sur l’évidence que personne ne dit à haute voix : les frontières ne stoppent pas les cellules cancéreuses. Prévention, dépistage précoce, accès aux soins et aux molécules de base, formation des personnels. Sans coopération régionale et internationale, les systèmes de santé des pays en développement craquent sous la charge.
Les échanges se sont appuyés sur les conclusions de la Commission Lancet Oncology. Le constat est brutal : au sein même du Commonwealth, les écarts d’équipement, de personnel spécialisé et de protocoles de prise en charge sont énormes. Un patient diagnostiqué à Londres et un autre à Libreville n’ont pas les mêmes chances. L’équité reste un slogan tant que l’investissement et l’organisation ne suivent pas.
L’argent compte, mais l’organisation compte autant. Un mammographe sans radiologue formé sert à peu. Un centre d’oncologie sans chaîne d’approvisionnement en médicaments fiables devient une vitrine. Le Gabon défend une approche en chaîne : renforcer le diagnostic de base, structurer le parcours patient, sécuriser les approvisionnements, former en continu. Sans ça, l’argent s’évapore.
Un cancer pris tôt coûte moins cher à traiter et sauve plus de vies. Campagnes ciblées, dépistage du col de l’utérus, du sein, de la prostate, suivi des facteurs de risque. Le Gabon pousse pour que ces interventions entrent dans le paquet de soins prioritaire. Chaque année gagnée sur le dépistage, ce sont des familles qui évitent la ruine et des lits d’hôpital libérés.

Partager des protocoles, des plateformes de télémédecine, des achats groupés de médicaments, des programmes de formation. Le Commonwealth a la taille critique pour négocier avec les industriels et pour faire circuler les compétences. Le Gabon cherche des partenariats concrets, pas des colloques de plus.
La rencontre de Genève prépare l’Assemblée mondiale de la santé où la couverture sanitaire universelle, la vaccination et les maladies non transmissibles seront sur la table. Pour le Gabon, l’enjeu est d’aligner son plan national cancer avec les priorités mondiales et d’accrocher des financements et de l’expertise technique.
Renforcer l’oncologie tire vers le haut la radiologie, la pathologie, la pharmacie hospitalière, la maintenance des équipements. Les investissements faits pour le cancer bénéficient à la prise en charge des maladies chroniques dans leur ensemble. C’est un effet multiplicateur que les budgets serrés ne peuvent pas ignorer.
Les bonnes phrases ne manquent pas. Ce qui manquait, c’est l’exécution. Le test pour le Gabon sera simple : nombre de centres de dépistage fonctionnels, délai entre suspicion et diagnostic, disponibilité des traitements essentiels, taux de patients pris en charge dans les délais. Des indicateurs publics, des revues régulières, des corrections rapides.
En prenant la parole à Genève, le Gabon dit deux choses. Premièrement, il refuse de subir la progression du cancer sans réagir. Deuxièmement, il choisit l’alliance plutôt que l’isolement. Si cette posture débouche sur des accords concrets, le pays transforme une participation diplomatique en résultats mesurables pour les patients.
A J P
