Bénin : 169 licenciements à l’ORTB, la modernisation passe mal la pilule
169 salariés de la Société de Radio et Télévision du Bénin ont appris la semaine dernière qu’ils n’avaient plus de poste. La direction parle de modernisation et d’audit de compétences. Les syndicats parlent d’une opération menée à la hussarde, sans vrai dialogue. Entre les deux versions, des carrières sont arrêtées net.
169 départs, ça ne se noie pas dans une note de service. Pour une entreprise publique de médias, c’est un quart d’effectif qui saute. L’argument officiel : un plan de modernisation pour adapter la maison à la télévision et à la radio d’aujourd’hui. Plus de numérique, plus de contenus à la demande, des métiers qui évoluent. Sur le papier, ça se tient.
La vraie question est celle de la méthode. Un audit de compétences a été proposé, avec un volet social pour accompagner les départs. C’est mieux que rien. Mais les syndicats dénoncent un processus expéditif et sans concertation réelle. Résultat : l’impression que la décision était prise d’avance, et que la consultation n’était qu’une formalité.
Une télévision publique vit de crédibilité. Licencier 169 personnes sans expliquer poste par poste, sans montrer les grilles de compétences cibles, sans donner des délais lisibles, c’est ouvrir la porte aux rumeurs. Et les rumeurs tuent la motivation des équipes qui restent. Les téléspectateurs le sentent à l’antenne.
Un plan social sérieux, ça se mesure à trois choses : reclassement interne quand c’est possible, indemnités claires et payées à temps, formation pour les métiers en tension. Si l’accompagnement est solide, même les départs forcés peuvent devenir des reconversions. S’il est flou, on fabrique du contentieux et de la défiance.

Un audit bien fait dit qui a les compétences d’aujourd’hui et qui peut monter en compétence pour celles de demain. Montage vidéo numérique, datajournalisme, gestion des plateformes, fact-checking, régie connectée. Si l’audit reste opaque, il ressemble à une liste noire. S’il est public et auditable, il devient un plan de montée en compétences.
Dans les médias, les métiers techniques et éditoriaux se transmettent sur le terrain. Se débarrasser vite, c’est aussi perdre la mémoire de l’antenne, les procédures, les contacts, les réflexes de crise. On peut remplacer une caméra, on ne remplace pas un cadreur qui sait tenir l’image sous pression.
Le secteur des médias évolue partout. Mais au Bénin, comme ailleurs en Afrique, le marché privé n’absorbe pas automatiquement 169 profils formés à l’audiovisuel public. Sans plan de reconversion structuré avec le privé et les startups média, une partie de ces personnes risque de basculer dans le sous-emploi.
La direction gagnerait du temps sur l’exécution et éviterait les blocages juridiques. Les syndicats gagneraient des garanties concrètes et une feuille de route mesurable. Les agents gagneraient de la visibilité sur leur avenir. Personne ne gagne à s’affronter publiquement quand le pays a besoin d’une télévision publique forte.
Moderniser, c’est investir dans les outils, mais surtout dans les gens. Grille des programmes repensée, studio numérique, flux web, formation des journalistes aux formats courts et au mobile-first. Si le plan se limite à des départs, c’est une réduction de coûts. Si il s’accompagne de contenus nouveaux et d’audience qui monte, c’est une transformation.
Les syndicats ont posé le problème de la forme. À la direction de répondre sur le fond : calendrier des départs, critères d’audit publiés, budget du volet social sécurisé, partenariats pour la reconversion signés. Si ces éléments sortent vite et clairement, la confiance peut se reconstruire. Sinon, l’ORTB risque de payer sa modernisation en audience, en réputation et en stabilité sociale.
