Basket, vodka et diplomatie : quand Dennis Rodman devenait l’ami improbable de Kim Jong-un

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En 2013, le monde du sport et de la géopolitique s’est retrouvé scotché par une alliance improbable. Dennis Rodman, l’ex-défenseur flamboyant des Chicago Bulls et des Detroit Pistons, débarque en Corée du Nord sur invitation de Kim Jong-un. L’homme aux cheveux multicolores, habitué des Harlem Globetrotters et des coups médiatiques, devient le premier Américain connu à se lier d’amitié avec le dirigeant le plus isolé de la planète. Personne n’aurait misé un dollar sur cette rencontre. Et pourtant, elle a duré.

 

Les deux hommes partagent bien plus que des poignées de main protocolaires. Matchs de basket improvisés, dîners privés, célébrations d’anniversaire : Rodman plonge dans l’intimité du pouvoir nord-coréen. Les images montrent un Kim hilare, un Rodman décontracté, une scène digne d’une comédie absurde. Pour l’ancien joueur, il s’agit de “sport et de fête”. Pour la propagande de Pyongyang, c’est une vitrine humaine, un Américain qui sourit à la caméra et parle de “friend for life”.

 

Rodman ne mâche pas ses mots. Il qualifie Kim de “friend for life” et déclare l’aimer publiquement. La phrase choque à Washington, amuse les tabloïds, inquiète les diplomates. Dans un contexte où la Corée du Nord enchaîne les essais nucléaires et les violations des droits de l’homme, entendre une star américaine dire son affection pour le dictateur passe mal. Mais Rodman s’en moque. Il répète qu’il n’est pas un politicien, juste un basketteur venu jouer.

 

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Cette stratégie a un prix : l’évitement. Lors de ses voyages, l’ex-NBAer contourne systématiquement les sujets sensibles. Pas un mot sur les camps de prisonniers, pas une question sur le nucléaire, pas une allusion aux droits de l’homme. Il réduit la relation à des moments festifs, à des passes décisives et des toasts. Pour ses défenseurs, c’est de la diplomatie par le sport. Pour ses détracteurs, c’est de l’aveuglement volontaire qui blanchit un régime autoritaire.

 

L’amitié Rodman-Kim révèle aussi le pouvoir des symboles. Un joueur de basket peut ouvrir des portes que les ambassadeurs ne franchissent pas. Il crée un canal informel, imprévisible, humain. En 2018, Donald Trump lui-même citera Rodman comme un acteur qui a “changé les choses” dans le dossier nord-coréen. Exagéré ou pas, l’effet médiatique est indéniable. La Corée du Nord gagne en visibilité, Rodman gagne en légende.

 

Au final, cette histoire reste un paradoxe. Un homme qui a bâti sa carrière sur la provocation se retrouve en médiateur involontaire entre deux mondes qui se détestent. Six voyages, des rires, des selfies, et une amitié affichée qui ne changera rien aux missiles. Mais elle aura montré une chose : même dans la guerre froide 2.0, le basket peut faire entrer un Américain dans la salle à manger de Kim Jong-un.

Source : New York Times 

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