MOANDA : AU QUARTIER OASIS, LE LAVAGE AUTOMOBILE TRANSFORME LA RUE EN CANIVEAU À CIEL OUVERT

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Des eaux usées déversées en continu, des riverains exaspérés et des autorités municipales interpellées sur leur rôle de contrôle.

MOANDA – Au quartier Oasis, à Moanda, dans le sud-est du Gabon, l’eau ne coule pas seulement du ciel. Depuis des mois, elle coule aussi de la chaussée. Issue d’un lavage automobile, elle se déverse en continu sur la voie publique, sous le regard des passants… et l’indifférence apparente des services compétents.

 

Une scène banale, mais qui dit beaucoup de l’état de l’assainissement urbain dans la capitale provinciale du Haut-Ogooué.

 

Il suffit de s’approcher de l’établissement pour comprendre. Les eaux de rinçage, chargées de mousse, de boue, de traces d’huile et de produits détergents, n’empruntent aucun canal. Elles glissent directement sur le bitume, traversent le trottoir et stagnent en larges flaques au bord de la route.

 

Pour les habitants d’Oasis, c’est le quotidien. Les enfants contournent, les motos éclaboussent, les odeurs remontent par temps chaud. « On a fini par s’habituer, mais ce n’est pas normal », confie un riverain. Au-delà de l’inconfort visuel, c’est surtout la banalisation du problème qui inquiète.

 

Le paradoxe est saisissant. Moanda se veut une ville en mutation. Pôle minier stratégique, elle concentre des investissements, des chantiers et un discours officiel récurrent sur la modernisation du cadre de vie et la préservation de l’environnement.

 

Comment concilier cette ambition avec un lavage qui rejette ses effluents à même la rue ? La question mérite d’être posée. Car les eaux de lavage ne sont pas de l’eau claire. Elles charrient des hydrocarbures, des métaux lourds et des tensioactifs. En s’infiltrant dans le sol ou en ruisselant vers les bas-fonds, elles contaminent durablement l’environnement immédiat.

 

Personne ne remet en cause l’utilité du lavage automobile. Dans une ville poussiéreuse comme Moanda, il répond à un besoin réel et fait vivre des jeunes. Le problème n’est pas l’activité. C’est l’absence de cadre.

 

Aucune fosse de décantation, aucun bac à graisse, aucun raccordement au réseau d’assainissement. Le minimum exigé par les textes sur les installations classées et la salubrité publique semble ignoré. Et c’est là que le bât blesse : tolérer cette pratique, c’est créer un précédent dangereux. Demain, quel autre commerce pourra s’affranchir des règles au nom de la « débrouille » ?

 

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La mairie de Moanda, à travers ses services techniques et de police municipale, a une mission claire : faire respecter les règles d’occupation de l’espace public et de salubrité. Or, dans le cas d’Oasis, le constat est implacable : l’occupation est durable, la nuisance est visible, la réaction tarde.

 

Deux hypothèses se dégagent. Soit l’information ne remonte pas. Soit, et c’est plus grave, elle remonte mais aucune sanction, mise en demeure ou accompagnement à la mise aux normes n’est engagée. Dans les deux cas, c’est un déficit d’autorité publique qui s’exprime. Et pour les populations, ce silence équivaut à une forme de résignation institutionnelle.

 

Le cas d’Oasis dépasse le seul lavage. Il pose une question de fond : les collectivités locales ont-elles encore les moyens humains, techniques et politiques de faire appliquer la loi ? Dans une ville en pleine croissance, laisser l’espace public se dégrader, c’est envoyer le signal que les normes sont négociables.

 

Or le développement ne peut pas se faire contre les citoyens. Un investisseur sérieux, un opérateur économique responsable doit pouvoir laver des véhicules sans transformer la rue en dépotoir liquide. Et la mairie doit pouvoir l’exiger, mais aussi accompagner : sensibilisation, délai de mise en conformité, proposition de solutions simples et peu coûteuses.

 

Au quartier Oasis, les eaux continuent de couler chaque jour. Avec elles, c’est un peu plus de crédibilité des institutions qui s’érode.

 

Moanda ne peut pas aspirer au statut de grande ville minière moderne en fermant les yeux sur des atteintes aussi visibles à l’environnement et à la santé publique. Il est temps pour les autorités municipales de se saisir du dossier : constater, mettre en demeure, proposer un délai et des alternatives.

 

L’enjeu n’est pas de fermer le lavage. L’enjeu est de rappeler une règle simple : à Moanda comme ailleurs, l’intérêt économique ne doit jamais primer sur l’intérêt général.

 

Combien de temps encore la ville laissera-t-elle couler ?

 

Source : éveil citoyen 

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