RADIATION DE 8 POLICIÈRES ENCEINTES : LA HIÉRARCHIE A-T-ELLE FAIT LE MAUVAIS CHOIX AU NOM D’UN TEXTE DÉPASSÉ ?
LIBREVILLE, 11 Juillet 2026 – Huit jeunes élèves-policières radiées pour « grossesse ». La décision 06025 du Commandement en chef des Forces de police nationale, publiée le 10 juillet 2026 et issue du conseil de discipline du 29 avril, a mis le feu aux poudres.
Sur la forme, la hiérarchie est en règle : elle a appliqué l’article 17 du décret de 2019 sur le statut des élèves-policiers et le Code de discipline. Sur le fond, elle se trompe lourdement. Car en 2026, un règlement intérieur ne peut plus passer au-dessus de la Constitution, ni des conventions internationales que le Gabon a lui-même ratifiées.
La Police nationale invoque la discipline. Dans un corps de souveraineté, l’ordre et la disponibilité sont sacrés. Personne ne conteste ce principe. Mais la discipline ne peut pas être un prétexte pour nier le droit.
Or, que dit le texte appliqué ? Il assimile la grossesse à une faute justifiant une radiation définitive. En clair : tomber enceinte pendant la formation, c’est être exclue à vie. Aucune suspension, aucun report, aucun aménagement. Une porte qui se ferme.
Le problème est que cette « faute » n’en est pas une. La grossesse est un état biologique. Ce n’est ni une désertion, ni une indiscipline, ni un manquement professionnel. Sanctionner une femme pour cela, c’est sanctionner sa condition de femme.
C’est là que la hiérarchie de la police a fait fausse route. Le Gabon n’est pas un État isolé. Il a signé et ratifié des textes qui s’imposent à lui.
Premièrement, la CEDAW. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ratifiée par le Gabon, est formelle. Son article 11-2-a interdit « le licenciement ou toute sanction professionnelle fondée sur la grossesse ou la maternité ».
Adopté le 11 juillet 2003 et ratifié par Libreville, il garantit aux femmes « l’égalité d’accès à l’emploi » et une « protection contre toutes les formes de discrimination professionnelle liées à leur condition féminine ».
L’article 90 place les traités internationaux au-dessus des lois et des règlements. Le Préambule, lui, affirme l’égalité sans distinction de sexe et prévoit « une protection particulière » pour la femme en raison de la maternité.
Conclusion juridique : l’article 17 du décret de 2019 est en porte-à-faux avec des normes supérieures. Une administration sérieuse ne peut pas se cacher derrière un décret pour violer la Constitution. C’est l’inverse qui doit se produire : le décret doit être adapté à la Constitution.
La Police sait déjà faire preuve de souplesse. Quand un élève-policier se blesse en formation, on ne le radie pas. On suspend, on reporte, on aménage. Pourquoi ? Parce qu’on considère que c’est temporaire et que le pays a besoin de lui.

La maternité est exactement la même chose : une indisponibilité temporaire. Neuf mois. Puis la femme revient. Plus forte, plus responsable. La traiter différemment d’un blessé, c’est reconnaître qu’on discrimine. Et c’est exactement ce que la CEDAW interdit.
Vouloir de la disponibilité opérationnelle est légitime. Mais y répondre par une exclusion définitive est disproportionné. C’est utiliser un marteau-pilon pour écraser une mouche.
Cette radiation intervient au pire moment. Le 5 janvier 2026, lors du premier Conseil des ministres, le Président de la République, le Général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, a fait de la lutte contre les discriminations de genre une priorité. Le 8 mars 2026, il a réaffirmé l’engagement de l’État pour « l’égalité des chances et l’autonomisation des femmes ».
La Première Dame, Zita OLIGUI NGUEMA, porte elle-même depuis 2025 le Réseau national des femmes leaders.
Comment expliquer aux Gabonais que dans le même temps, une administration de l’État radie des femmes pour avoir été enceintes ? C’est une dissonance grave entre le discours des plus hautes autorités et la pratique de terrain. Au moment où le Gabon veut améliorer son image en matière de droits humains, cette décision envoie le mauvais signal.
Même les plus grandes armées du monde ont compris. Le 19 avril 2022, l’US Army a réformé sa politique sur la grossesse et le post-partum. Résultat : moins de départs, plus de fidélisation, et aucune perte d’efficacité opérationnelle.
Adapter ses règles, ce n’est pas être faible. C’est être moderne. C’est reconnaître que la force d’une institution tient aussi à sa capacité à évoluer.
Conclusion : Une seconde chance, pour l’honneur de la Police et du Gabon
Derrière ces 8 radiations, il y a 8 parcours brisés, 8 familles fragilisées, 8 vocations sacrifiées. Des femmes qui avaient choisi de servir le Gabon.
La hiérarchie de la police n’a pas commis un délit. Elle a appliqué un texte. Mais elle a eu tort de ne pas interroger ce texte à l’aune des engagements du Gabon. En droit, comme en politique, la grandeur d’une institution se mesure à sa capacité à se corriger.
Monsieur le Commandant en chef, Monsieur le Président, Chef suprême des Armées : il est encore temps. Un recours gracieux, un réexamen des dossiers, une mise en conformité du décret de 2019 avec la CEDAW et le Protocole de Maputo.
Ce ne serait pas un recul de l’autorité. Ce serait un acte de leadership. Un acte qui dirait que dans la Police nationale gabonaise, on peut être ferme, discipliné… et juste.
Car une République forte n’est pas celle qui exclut le plus. C’est celle qui sait transformer une difficulté en progrès.
