AGASA / FACE AUX CRITIQUES : LE DG REPOND ET DETAILLE LE PLAN DE REDRESSEMENT
LIBREVILLE, mardi 08 juillet 2026 – Accusée de « gouvernance bicéphale » et de manquements financiers, l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire, AGASA, a décidé de sortir du silence. Face à la presse, son Directeur Général, le Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntoungou, a dressé l’état des lieux et détaillé le chantier de restructuration lancé depuis 2023. Objectif : assainir, professionnaliser et rassurer.
Le DG ne contourne pas le sujet. Il reconnaît que l’Agence a traversé une zone de turbulences internes. « Il y a eu des difficultés opérationnelles liées à une délégation de pouvoirs trop large accordée à mon Directeur Général Adjoint », admet-il. Pour y remédier, il a tranché : les missions confiées au DGA lui ont été retirées. « J’ai mis fin à cette gouvernance parallèle. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre ». Un recadrage voulu pour rétablir un pilotage unique et une chaîne de décision claire.

Transparence financière : « On ne peut pas parler de malversation »
Autre accusation récurrente : la gestion de l’argent public. Le Dr Biyogue Bi Ntoungou balaie d’un revers de main. « On ne peut pas dire qu’une agence dont les ressources sont en progrès souffre de malversation ». Chiffres à l’appui, il rappelle qu’à sa prise de fonction, l’AGASA disposait d’un budget de 1,9 milliard FCFA. Pour couper court à tout soupçon, l’Agence a instauré une traçabilité totale : désormais, tous les fonds collectés sont directement reversés au Trésor Public. Une mesure de rigueur pour aligner l’AGASA sur les standards de gestion publique.
Refonte des brigades : 5 agents par équipe pour quadriller le terrain
Le cœur du métier de l’AGASA, c’est le contrôle sur le terrain. Et c’est là que le plan de redressement est le plus visible. L’organisation a été repensée : chaque brigade compte désormais 5 agents, dont 2 spécialement qualifiés et assermentés en hygiène alimentaire. L’idée est simple : être plus présent, plus technique et plus réactif. Fini les interventions ponctuelles. L’Agence vise une présence continue, du lundi au vendredi, dans les marchés, supermarchés et points de vente.

Former pour mieux contrôler : 62 agents et 42 étudiants en renfort

Un contrôleur mal formé est un contrôleur inefficace. L’AGASA l’a compris. 62 agents ont suivi une formation intensive de 3 semaines pour monter en compétence sur les normes sanitaires et les procédures de prélèvement. Parallèlement, 42 étudiants sont encadrés via des conventions signées avec des écoles supérieures. L’Agence mise sur la relève pour pérenniser son expertise et créer un vivier de contrôleurs gabonais.
L’objectif : restaurer la confiance des consommateurs
Derrière ces réformes techniques, il y a un enjeu de société. 6 Gabonais sur 10 consomment des « aliments de rue ». Les scandales et les rappels de produits ont érodé la confiance. Le DG le dit clairement : la priorité est de « restaurer la confiance des consommateurs ». Cela passe par une présence visible, des contrôles inopinés et une communication plus pédagogique sur les risques alimentaires.
Le dossier Sobraga : appeler à la nuance scientifique
Sur le dossier sensible de la Sobraga, le DG appelle à ne pas céder à la panique. « La non-conformité dépend des normes de chaque pays. Ce qui pose problème en France ne l’est pas forcément au Gabon ». Il annonce toutefois des analyses approfondies et la publication de nouvelles directives adaptées au contexte gabonais. Le but : trancher sur des bases scientifiques et non sur des rumeurs.
L’assainissement du secteur informel : 1800 opérateurs concernés
Autre chantier majeur : l’informel alimentaire. L’AGASA a suspendu la vente de produits artisanaux fabriqués dans des conditions non conformes : bissap, lait caillé, jus de fruits. Près de 1800 opérateurs sont concernés. Plutôt que la répression pure, l’Agence a choisi l’accompagnement avec la mise en place d’un guide de bonnes pratiques. L’objectif est de formaliser progressivement ce secteur qui fait vivre des milliers de familles tout en protégeant le consommateur.
Une AGASA en chantier pour une sécurité alimentaire crédible
En résumé, l’AGASA se veut en pleine mutation. Assainissement de la gouvernance, transparence budgétaire, montée en compétences et offensive sur le terrain : le plan de redressement est global. Le défi pour le Dr Biyogue Bi Ntoungou est désormais de transformer ces annonces en résultats concrets et visibles dans l’assiette des Gabonais. Car au-delà des polémiques, la mission de l’AGASA reste vitale : garantir que ce que nous mangeons ne nous rend pas malade.
Aimé Jordan PANGO
