SETRAG : quand une contestation syndicale devient une crise artificielle
«« C’est fini le chantage. Celui qui décide de rentrer en grève doit assumer les conséquences. »»
Cette déclaration du Président de la République prend une résonance particulière au regard de la situation actuelle à la SETRAG.
Car le véritable sujet n’est peut-être pas seulement la menace d’une grève. Il faut aussi s’interroger sur la manière dont certaines crises sociales sont fabriquées, entretenues et instrumentalisées.
La situation du SYCAT constitue, à cet égard, un cas particulièrement révélateur.

Une Assemblée Générale adopte des résolutions concernant la direction de l’organisation. Ces décisions sont contestées. Rien de nouveau dans la vie syndicale : lorsqu’un désaccord apparaît, les protagonistes peuvent revendiquer leur légitimité respective, conformément aux statuts, au règlement intérieur et aux voies de droit.
Mais ce qui interpelle dans la situation actuelle est ailleurs.
Pour la première fois dans l’histoire syndicale récente du Gabon, la contestation d’une décision prise par l’Assemblée Générale d’un syndicat semble être progressivement sous-traitée à l’employeur et à l’administration.
C’est là que commence le problème.
Un syndicat est une organisation libre et indépendante. Son Assemblée Générale est son organe délibérant. Lorsqu’elle adopte une résolution conformément aux règles qui régissent l’organisation, celle-ci s’impose à ses membres tant qu’elle n’a pas été valablement annulée ou suspendue par l’autorité compétente.
Si certains membres considèrent cette décision irrégulière, ils disposent de voies de recours.
La Direction Générale de l’entreprise n’est pas le juge de la légalité des décisions internes d’un syndicat.
Elle n’a pas davantage vocation à choisir les dirigeants syndicaux, à reconnaître les uns et à contester les autres, encore moins à transformer un conflit interne en crise sociale dans l’entreprise.
C’est précisément ici que le rappel présidentiel sur le chantage dans les relations sociales mérite d’être pris au sérieux.
Le chantage ne consiste pas uniquement à menacer de faire grève pour obtenir quelque chose.
Il peut aussi prendre la forme d’une crise artificiellement construite : une contestation interne est amplifiée, portée dans l’espace médiatique, relayée auprès de l’employeur et de l’administration, jusqu’à créer l’impression qu’une entreprise entière serait confrontée à une crise syndicale majeure.
Mais à qui profite réellement cette agitation ?
Certainement pas aux travailleurs qui ont besoin de stabilité, de représentation et de véritables négociations sur leurs conditions de travail.
Un autre élément mérite d’être relevé.
Le principal intéressé par la décision de l’Assemblée Générale demeure pratiquement absent du débat public. Pendant que d’autres parlent en son nom, multiplient les interventions et cherchent à donner une dimension nationale à cette affaire, lui-même reste étonnamment discret.

Ce silence peut avoir plusieurs explications. Il serait hasardeux de lui attribuer une intention précise.
Mais une question demeure : si la décision de l’Assemblée Générale était manifestement illégitime, pourquoi ceux qui la contestent ne privilégient-ils pas simplement les voies de droit pour le démontrer ?
Pourquoi mobiliser l’employeur ? Pourquoi solliciter l’administration pour intervenir dans une affaire qui relève d’abord de la vie interne d’une organisation syndicale ? Pourquoi transformer un désaccord syndical en problème de relations sociales dans l’entreprise ?
C’est cette mécanique qu’il faut regarder.
Car lorsqu’un conflit interne est utilisé pour provoquer une tension collective, la prévention des conflits devient secondaire. Ceux qui tirent profit de la crise ont peu d’intérêt à ce qu’elle cesse.
Or la prévention des conflits sociaux devrait précisément consister à empêcher qu’un différend juridique ou syndical ne dégénère en affrontement collectif.
La liberté syndicale ne signifie pas que tout le monde peut s’autoproclamer dirigeant d’un syndicat. Elle signifie que les travailleurs doivent pouvoir organiser librement leur syndicat, désigner leurs représentants et modifier leur direction selon les règles qu’ils ont eux-mêmes adoptées.
De la même manière, le droit de grève est une liberté encadrée. Celui qui décide d’y recourir doit respecter les conditions légales et assumer les conséquences de son choix.
C’est pourquoi le message présidentiel doit être entendu dans toutes ses dimensions.
Si nous voulons réellement mettre fin au chantage dans les relations sociales, il faut également mettre fin à la fabrication artificielle des crises.
Un désaccord syndical doit rester un désaccord syndical jusqu’à ce qu’une juridiction compétente en décide autrement.
L’employeur doit respecter l’indépendance des organisations de travailleurs. L’administration doit exercer ses compétences sans se substituer au juge. Les contestataires doivent utiliser les voies de recours prévues par la loi.
Et les organisations syndicales doivent assumer leurs propres décisions.
La paix sociale ne se construit pas en donnant à chaque contestation le statut d’une crise nationale. Elle se construit en laissant le droit trancher lorsque le droit est contesté.
À la SETRAG, la véritable question n’est donc pas seulement de savoir qui parle le plus fort.
Elle est de savoir qui a intérêt à transformer une décision interne au SYCAT en crise sociale, qui entretient cette crise et, surtout, à qui elle profite réellement.
Le Gabon n’a plus besoin de crises fabriquées pour justifier des interventions.
Il a besoin de dialogue social, de respect de la liberté syndicale et de responsabilité.
Le temps du chantage doit prendre fin. Mais celui de la fabrication des crises doit également s’achever.
Aimé Jordan PANGO
