GUINÉE ÉQUATORIALE : 57 MILLIARDS EN 24 ANS, LA CATASTROPHE DU FONDS SOUVERAIN DÉVOILÉE PAR LA BAD
Vingt-quatre ans de pétrole à plein régime. Vingt-quatre ans de barils vendus à prix d’or. Et au bout du compte ? 57 milliards de FCFA. C’est le montant, dérisoire, du « Fonds de réserves pour les générations futures » de la Guinée équatoriale, révélé par la Banque africaine de développement. Moins de 1 % des actifs souverains du continent. Un bilan qui fait l’effet d’un seau d’eau froide sur Malabo.
Dans son rapport, l’institution est brutale. Le modèle équato-guinéen a failli. Pas de règle d’abondement automatique, pas de verrou juridique, pas de contrôle indépendant. Résultat : la rente pétrolière a servi à boucler les budgets de l’État et à financer des chantiers spectaculaires. Mais elle n’a jamais été mise à l’abri. L’épargne de précaution n’existe quasiment pas.
Contrairement aux standards internationaux, aucun mécanisme contraignant n’a été sanctuarisé pour prélever une part des recettes pétrolières et la verser au fonds. L’argent est entré, l’argent est ressorti. Entre-temps, l’opacité a régné et les audits indépendants sont restés inexistants. Le fonds n’a jamais été une priorité, juste une vitrine.
Ce diagnostic tombe au moment où les champs vieillissent. La BAD prévoit pour la Guinée équatoriale une récession de -1,7 % en 2026 puis de -1,4 % en 2027. Le pays s’enfonce dans une récession structurelle. Le concept même du fonds était pourtant clair : servir de parachute quand les puits se videraient. Aujourd’hui les puits se vident, et le parachute est troué.
Sous la pression des bailleurs, le gouvernement promet une reprise en main. Mise en place d’un Compte unique du Trésor d’ici le premier trimestre 2027. L’idée : centraliser toutes les recettes publiques pour stopper les fuites et mieux tracer l’argent. Mais arrive-t-il trop tard ? La question agite les milieux économiques de la capitale.

Pour mesurer l’ampleur du gâchis, il suffit de traverser la frontière. Le Gabon fait figure de bon élève. Son FGIS pèse aujourd’hui plus de 1 082 milliards de FCFA. Et surtout, cet argent travaille : énergie, banques locales, transition écologique. Le fonds gabonais investit, il ne dort pas.
Autre voisin, autre stratégie. Moins dépendant du brut, le Cameroun mise sur le « boom minier ». Yaoundé est en train de structurer son Fonds Souverain Camerounais avec un objectif de 600 milliards de FCFA pour capter les recettes du fer, de l’or et de la bauxite. En quelques années, le Cameroun vise dix fois plus que ce que Malabo a accumulé en un quart de siècle.
Le message de la BAD dépasse la Guinée équatoriale. Un fonds souverain n’est pas décoratif. C’est une ceinture de sécurité macroéconomique. Il amortit les chocs, finance la diversification et protège les générations futures. Sans cela, un pays rentier vit au jour le jour et s’écroule quand le cours du baril chute ou que les gisements s’épuisent.
Certes, le secteur non pétrolier équato-guinéen affiche une croissance de +2,3 %. Une lueur. Mais elle est insuffisante pour compenser l’effondrement à venir des hydrocarbures. L’économie n’est pas assez diversifiée pour prendre le relais. Et sans épargne publique, difficile de financer cette transition.
Désormais, Malabo n’a plus le choix. Il faut réformer en profondeur : transparence, audits, règles d’abondement, gouvernance. Et surtout, orienter les maigres ressources restantes vers les PME locales et les secteurs porteurs. La fenêtre est étroite. Si rien ne change, la Guinée équatoriale risque le crash industriel. Le rapport de la BAD sonne moins comme un constat que comme un dernier avertissement.
Aimé Jordan PANGO
