MAKOKOU : MBOLO, LE QUARTIER LE PLUS PEUPLÉ ET LE PLUS OUBLIÉ, LANCE SON CRI DE COLÈRE

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Au cœur du deuxième arrondissement de Makokou, le quartier Mbolo n’en peut plus. Le plus peuplé de la capitale provinciale de l’Ogooué-Ivindo se dit aujourd’hui abandonné. Pas un mètre de bitume, pas une ampoule d’éclairage public, pas le moindre bâtiment administratif. Seulement la poussière qui colle aux habitations et une frustration qui monte un peu plus chaque jour, alors même que d’autres quartiers de la même ville changent de visage.

 

Car Mbolo ce n’est pas un petit hameau perdu. Ce sont quatre quartiers en un : Mbolo 1, Mbolo 2, Mbolo 3 et Mbolo Edock. Des milliers de familles, des milliers d’électeurs, des milliers de jeunes. Et pourtant, sur cette vaste étendue, aucune infrastructure structurante n’a été posée. Ailleurs, on a vu sortir de terre la CNAMGS, la CNSS, la Poste, la caserne des sapeurs-pompiers, des bâtiments administratifs flambant neufs ou encore le centre de la documentation. À Mbolo, les routes sont restées des pistes de latérite, comme au temps où la ville n’était qu’un gros village forestier.

 

Pour les habitants, il ne s’agit plus d’un simple retard. Ils parlent d’une injustice territoriale assumée. Comment comprendre que le quartier central, Nzouatame et d’autres secteurs aient capté tous les projets lancés sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, et que Mbolo soit resté à quai ? Pas un abri taxi estampillé aux couleurs du Bâtisseur en Chef avec wifi, pas un lampadaire, pas un service public de proximité. Le sentiment qui domine est celui d’un développement à la carte, qui a soigneusement contourné le deuxième arrondissement.

 

Dans cette amertume, deux noms reviennent comme des exceptions qui confirment la règle. Alexandre Sambat, ancien ministre de la Santé, à qui l’on doit le centre de santé qui a permis de former et de maintenir du personnel soignant à Makokou. Et Bernabé Ndaki, ancien ministre de la Formation professionnelle, à l’origine d’un centre de formation pour les jeunes du cru. Deux initiatives que la population salue, mais qui restent des actions isolées face à l’immensité des besoins. Elles n’ont jamais été suivies par un plan d’ensemble.

 

Du coup, une question tourne en boucle dans les maquis et les assemblées de quartier : le président a-t-il déjà mis les pieds à Mbolo ? A-t-il vu ces routes impraticables, ces enfants qui marchent des kilomètres pour aller à l’école, ces femmes qui rentrent du marché à la lampe torche ? Les habitants ne demandent pas un traitement de faveur. Ils demandent la même chose que les autres. La même route, la même lumière, la même considération. Le développement ne peut pas s’arrêter aux frontières du centre-ville.

 

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Au quotidien, la route dicte tout. En saison sèche, Mbolo s’étouffe sous des nuages de poussière rouge qui s’infiltrent dans les maisons, les commerces et les poumons. En saison des pluies, ce sont les bourbiers, les motos qui s’enlisent et les taxis qui refusent de s’aventurer. Sans éclairage public, la nuit tombe à 18h30 et le quartier s’éteint. Sans abri taxi ni petit marché organisé, l’économie informelle bricole pour survivre. Les jeunes les plus diplômés finissent par plier bagage, faute de perspectives.

 

Pourtant, la colère de Mbolo n’est pas une fronde politique. C’est une colère citoyenne, digne et argumentée. Dans les associations de jeunes, chez les mamans, chez les chefs de quartier, le discours est le même : nous ne demandons pas la lune, nous demandons l’équité. L’appel est directement adressé au Chef de l’État. Venir, voir, toucher du doigt la réalité du deuxième arrondissement, et inscrire dans la programmation nationale des infrastructures de base. Pas dans cinq ans. Maintenant.

 

Car oublier Mbolo, c’est fragiliser tout Makokou. Une ville ne peut pas se construire en laissant de côté son poumon démographique. Sans routes, sans lumière et sans services, l’insécurité s’installe, le coût de la vie explose et le sentiment d’exclusion alimente une fracture dangereuse. À l’inverse, investir à Mbolo, c’est désengorger le centre-ville, créer de nouveaux pôles économiques et faire enfin de Makokou une véritable ville équilibrée. C’est une question de cohésion sociale.

 

Concrètement, les doléances tiennent en quatre points simples, réalisables et peu coûteux au regard des chantiers nationaux. Le bitumage ou à minima le reprofilage lourd des axes principaux qui relient Mbolo 1 à Mbolo Edock. L’extension du réseau électrique avec pose de lampadaires solaires. La construction d’abris taxis et l’aménagement d’un petit marché structuré pour fixer les commerçantes. Et enfin, l’implantation d’un bâtiment administratif de proximité pour éviter aux populations de traverser toute la ville pour une simple légalisation.

 

Makokou avance, c’est indéniable. Les chantiers présidentiels ont changé le visage de plusieurs quartiers et les populations s’en réjouissent. Mais une ville ne peut pas avancer à deux vitesses. Mbolo n’est pas un quartier oublié par nature, c’est un quartier en attente. En attente de justice territoriale, en attente d’un geste fort. Le président Oligui Nguema a fait du Gabon pour tous son crédo. À Mbolo, des milliers de Gabonais attendent de voir ce que ce tous veut vraiment dire.

 

Aimé Jordan PANGO 

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