PORT-GENTIL : À BOUT DE NERFS, LES EMPLOYÉS DU PÉTROLE DORMENT DEVANT LA PRÉSIDENCE POUR SE FAIRE ENTENDRE

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La scène est inédite et elle est grave. À Port-Gentil, capitale économique du Gabon, des employés du secteur pétrolier ont passé la nuit dehors, à même le sol, devant la Présidence de la République. Pas pour une veillée festive, mais pour exprimer un ras-le-bol qui couve depuis des mois. Des couvertures au sol, des visages fatigués, des banderoles improvisées : le pétrole gabonais dort devant le pouvoir, faute d’être écouté.

 

Ces salariés ne réclament pas une augmentation. Ils réclament du respect et du sérieux. Au cœur de leur colère, une commission mise en place pour trouver des solutions durables à la crise qui secoue le secteur le plus stratégique du pays. Sur le papier, la mission était claire : régler les problèmes de fond dans les meilleurs délais. Dans les faits, c’est l’exaspération totale.

 

Le comportement dénoncé est simple et, selon eux, révélateur. La commission apparaît deux jours, puis disparaît pendant des semaines sans explication. Elle revient pour une brève séance de travail, repart aussitôt, laissant les dossiers en suspens et les employés dans l’incertitude la plus totale. Un manège que les travailleurs qualifient de mépris organisé, comme si l’objectif n’était pas de résoudre, mais de gagner du temps.

 

Or le secteur pétrolier ne peut pas attendre. À Port-Gentil, chaque jour de blocage a un coût humain et économique. Des contrats précaires qui se prolongent, des plans sociaux qui planent, des jeunes Gabonais formés au pétrole qui voient les portes se fermer. Quand la commission s’éclipse, ce sont des familles entières qui restent suspendues à une décision qui ne vient jamais. Dormir devant la Présidence, c’est donc le dernier recours de ceux qui ont épuisé tous les canaux classiques.

 

Cette action est aussi hautement symbolique. Le pétrole, c’est 80% des recettes d’exportation du Gabon. Voir ses propres employés contraints de dormir dehors pour interpeller le Chef de l’État est un signal d’alarme que personne ne peut ignorer. C’est l’image d’un secteur vital qui se sent abandonné par ceux qui sont censés le réguler. L’ironie est amère : le moteur économique du pays est à l’arrêt, non pas faute de pétrole, mais faute de volonté.

 

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Les employés accusent ouvertement la commission de manquer de volonté politique. Comment justifier qu’un dossier aussi sensible soit traité par intermittence ? Deux jours de présence ne suffisent pas à comprendre la complexité des revendications : la gabonisation des postes, le respect du Code du travail, la sous-traitance abusive, la précarité des employés locaux face aux expatriés. Il faut du temps, de l’écoute, et surtout de la constance. Ce qui manque cruellement aujourd’hui.

 

En choisissant de dormir devant la Présidence de la République à Port-Gentil, les travailleurs ont voulu s’adresser directement au Président Brice Clotaire Oligui Nguema. Ils savent que le Président a fait de la souveraineté économique et de la justice sociale un axe majeur de sa gouvernance. Ils lui disent aujourd’hui : venez voir. Venez constater que le pétrole, ce poumon national, étouffe sous des méthodes dilatoires qui n’ont que trop duré.

 

Le risque, si rien ne bouge, est double. D’abord social, avec une radicalisation légitime d’un mouvement qui jusqu’ici est resté pacifique et discipliné. Ensuite économique, car un secteur pétrolier en crise de confiance ne peut pas attirer les investissements ni sécuriser la production. La grève qui couve pourrait se transformer en blocage plus dur, et c’est tout Port-Gentil, tout le Gabon qui en paierait le prix.

 

Les revendications sont désormais claires : que la commission s’installe durablement à Port-Gentil et travaille en continu jusqu’à la résolution des problèmes. Que le calendrier soit public, que les rencontres soient régulières, que les décisions soient actées et non reportées. Les employés ne demandent pas l’impossible. Ils demandent une méthode, un respect du temps et des engagements pris au sommet de l’État.

 

En passant la nuit devant les grilles de la Présidence, les employés du pétrole ont offert une image qui restera. Celle d’un Gabon qui travaille et qui veut simplement être entendu. Il appartient désormais aux autorités de transformer ce cri silencieux en réponse concrète. Car on ne laisse pas ceux qui font tourner le pays dormir dehors indéfiniment.

 

Aimé Jordan PANGO 

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