GABON : NTOUTOUME AYI DYNAMITE SES PROPRES PRIVILÈGES ET RÉCLAME LA FIN DES RETRAITES À VIE DES DÉPUTÉS
Il a fait ce que personne n’avait osé faire en trente ans de vie parlementaire au Gabon. Le 19 septembre, depuis l’hémicycle, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député du 2ème arrondissement d’Akanda, a sorti le bazooka contre son propre camp. Et il a visé là où ça fait le plus mal : sa propre poche.
Dans un Parlement habitué à voter ses avantages en catimini, le député a demandé, à voix haute et sans détour, la suppression pure et simple des régimes spéciaux de retraite, y compris celui des députés. Le sien. Celui qui garantit à un élu, après seulement cinq ans de mandat, une rente à vie payée par l’impôt de tous les Gabonais.
La phrase a claqué comme une gifle : « La retraite ne doit pas être financée par les impôts du peuple ». En une formule, Ntoutoume Ayi a résumé toute l’hypocrisie d’un système à deux vitesses. D’un côté, le Gabonais lambda qui trime trente ans, qui cotise chaque mois pour toucher une pension de misère qui ne lui permet même plus de se soigner. De l’autre, l’élu qui, en une législature, s’offre une retraite dorée sans jamais avoir cotisé à la hauteur de ce qu’il touche. Un mandat est une mission, pas un métier, a-t-il martelé.
Et il sait de quoi il parle. Avant d’être député, Ntoutoume Ayi a été cadre de la CNSS au début des années 2000. Il a vu de l’intérieur comment les caisses ont été vidées. Il a raconté cette scène devenue le symbole de l’égoïsme des élites : ces grands patrons d’Air Gabon, de l’Octra, de l’OPT, grassement payés, qui plafonnaient volontairement leurs cotisations et lançaient avec mépris : « J’ai mes maisons en location, je m’en fous ». Ce « je m’en foutisme » des puissants a saigné le système. Et ce sont nos parents retraités qui paient l’addition aujourd’hui, dans la précarité la plus totale.

C’est là que son discours prend une autre dimension. Il ne s’est pas contenté de dénoncer, il a proposé une vérité qui dérange. Sans démagogie, il a expliqué que si l’on veut revaloriser les petites pensions, il va falloir que les actifs acceptent de cotiser davantage. Que la retraite n’est pas une affaire de l’État, mais un contrat moral entre générations. Si nous refusons aujourd’hui de faire un effort pour nos vieux, qui fera un effort pour nous demain ?
Seul contre tous, l’élu d’Akanda a donc touché au totem. Il s’est attaqué aux rentes, aux privilèges, à cette République des petits arrangements qui a fait du mandat politique un business. Dans un hémicycle où chacun protège ses avantages, il a demandé qu’on supprime les siens. C’est un acte politique rare, presque suicidaire, qui le met à dos une bonne partie de la classe politique, y compris dans son propre parti.
Mais c’est précisément pour cela que son intervention restera. Parce qu’elle a mis à nu une vérité que tout le monde connaît mais que personne n’osait dire : on ne peut pas demander aux Gabonais de se serrer la ceinture tout en s’octroyant des retraites à vie financées par leurs impôts. Ntoutoume Ayi a choisi son camp : celui des retraités qui souffrent, pas celui des élus qui s’enrichissent.
Aimé Jordan PANGO
