Iboga : l’État rassure les traditionnalistes et encadre enfin la ressource

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Réunis ce vendredi à la salle d’exposition du ministère de la Culture et du Rayonnement culturel, les détenteurs de savoirs traditionnels ont obtenu des garanties claires. Le ministre Paul Ulrich Kessany leur a présenté la portée du décret n°0239 portant réglementation de l’iboga et de ses dérivés.

 

Le message des autorités est net : ce texte vise principalement à encadrer l’exploitation et la commercialisation de la plante. Il ne remet pas en cause les pratiques culturelles et spirituelles qui lui sont associées. Une distinction qui lève une inquiétude majeure chez les gardiens de la tradition, qui voyaient dans toute réglementation un risque d’interférence avec les rites.

 

Combler un vide juridique qui ouvrait la porte à l’exploitation sauvage

À l’issue des échanges, le président de l’Association pour la préservation et la libération du médicament, secrétaire général du Grand Zimba national et conseiller au Conseil économique, social, environnemental et culturel, Bolivar Félix, a salué une avancée majeure dans la gestion de cette ressource emblématique du patrimoine gabonais.

 

Selon lui, le décret vient combler un vide juridique qui favorisait jusque-là une exploitation incontrôlée de l’iboga. « Tout le monde pouvait se permettre d’acheter de l’iboga en quantité au Gabon et de l’exporter sans véritable contrôle », a-t-il expliqué.

 

Cette situation créait deux problèmes. D’abord économique : la ressource quittait le pays sans retombées maîtrisées pour le Gabon. Ensuite culturelle : l’iboga, utilisée hors de son cadre rituel et sans contrôle, risquait d’être banalisée et dénaturée.

 

Les détenteurs de savoirs au cœur du dispositif

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L’autre point qui rassure les traditionnalistes est leur implication directe dans la mise en œuvre. Bolivar Félix a souligné que les détenteurs de savoirs seront pleinement associés au nouveau cadre réglementaire.

 

Concrètement, cela passe par la création d’une commission technique interministérielle chargée du suivi institutionnel du secteur. À cela s’ajoute la mise en place d’instances consultatives permettant aux acteurs traditionnels de formuler des propositions pour la protection et la valorisation de l’iboga.

 

Pour Bolivar Félix, les traditionnalistes auront désormais un rôle central dans l’application des nouvelles dispositions. Ils devront notamment contribuer à lutter contre les pratiques informelles et veiller au respect des normes établies.

 

L’idée est de faire des gardiens de la tradition des partenaires de la régulation, et non des spectateurs. Une manière de s’assurer que l’encadrement économique ne se fasse pas au détriment du sens culturel de la plante.

 

Conciliation entre tradition et gestion moderne de la ressource

Cette rencontre marque une étape importante dans la volonté des autorités gabonaises de concilier préservation des traditions, protection des savoirs ancestraux et encadrement économique d’une ressource devenue stratégique.

 

Le pari est de sortir l’iboga de l’informel sans la déconnecter de son socle culturel. Si la commission technique et les instances consultatives fonctionnent comme prévu, le Gabon disposera d’un modèle où l’État régule, et où les traditionnalistes protègent l’usage rituel et la transmission des savoirs.

 

Pour les détenteurs de savoirs, le décret n’est pas une fin en soi. C’est le début d’une gestion partagée où leur voix comptera autant que celle des administrations. Et pour l’iboga, c’est la possibilité de rester un patrimoine vivant, exploité de manière responsable.

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