ONG Graceland : Le bouclier des veuves face à l’enfer de la spoliation au Gabon
À l’instar de la communauté internationale, le Gabon a célébré ce mardi la Journée Internationale des Veuves. Organisée par l’ONG Graceland, cette édition a mis en lumière une réalité sociétale encore douloureuse : malgré des réformes législatives historiques, le parcours des conjointes survivantes reste jalonné de spoliations, de vides juridiques liés aux mariages traditionnels et d’un isolement psychologique trop souvent ignoré.
« Derrière chaque veuve se cache une histoire de vie, un parcours souvent marqué par la douleur de la perte, mais aussi par de nombreux défis sociaux, économiques et juridiques », a rappelé avec gravité Élisabeth Ngoua Mbina, présidente de l’ONG Graceland, lors de son discours d’ouverture. Elle a notamment alerté sur la vulnérabilité extrême des femmes vivant en union libre ou sous le régime du mariage coutumier, ces dernières se retrouvant privées de toute protection légale au décès de leur partenaire.

Preuve que le danger ne vient pas toujours de là où on l’attend, le témoignage de Mme Clémence Mbika-Mbonguila, veuve de Chil Mbika-mbonguila, a glacé l’assistance. Elle raconte comment son destin a basculé, non pas à cause de sa belle-famille, mais par les manœuvres d’une maîtresse expatriée :
« Cette dame a acheté tout le monde au tribunal. J’ai initié une procédure pour récupérer ce qui me revient de droit, mais mon dossier a été classé sans suite, sans aucune confrontation », dénonce-t-elle. Plus grave encore, des valises de documents officiels, constatées à la Police Judiciaire (PJ) après le décès de son époux, ont mystérieusement disparu lors du transfert vers la troisième chambre du tribunal. Aujourd’hui, elle se retrouve sans aucun titre de propriété sur les biens bâtis avec son défunt mari.

Invitée à éclairer les débats, Me Virginie Françoise Nkouma, avocate au Barreau du Gabon, a rappelé le virage majeur pris par le législateur gabonais pour endiguer ce fléau. Autrefois relégué au second plan, le statut successoral a été profondément réformé pour contrer la cupidité des familles élargies.
Rappel de la juriste : Au Gabon, en présence d’enfants, les frères, sœurs, oncles ou tantes n’ont aucun droit sur l’héritage, sauf disposition testamentaire explicite laissée par le défunt.
Représentant le ministère des Affaires Sociales, Aloïse Owono a réaffirmé l’engagement du gouvernement, pris depuis la résolution onusienne de 2010, à traquer les spoliateurs. Il a toutefois pointé du doigt la complexité du mariage traditionnel : « Notre coutume nous amène à des unions qui s’avèrent irritantes au point de vue successoral, car la loi ne reconnaît strictement que le mariage civil », a-t-il concédé, appelant à une mutualisation des forces entre l’État et la société civile. « Ensemble, nous sommes plus forts. »
Enfin, la dimension psychologique, grand angle mort de cette problématique a été décortiquée par Ludvine Edou Nguele, psychologue. Au-delà de l’autonomisation financière, elle insiste sur l’importance d’une prise en charge précoce de la santé mentale des conjoints survivants.
« Quand le conjoint perd sa moitié, l’isolement et l’oppression sociale guettent. Sans suivi, le traumatisme est si affligeant que certaines personnes finissent par se suicider », prévient-elle, plaidant pour la systématisation d’un cadre d’expression et d’accompagnement thérapeutique dès le début du deuil.
À travers cette journée d’échanges, l’ONG Graceland et ses partenaires rappellent que la protection des veuves au Gabon ne se résoudra pas uniquement dans les prétoires, mais par un changement radical des mentalités et une application stricte de la justice.
