Poste SA : quand le remboursement d’une dette devient spectacle politique

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Tribune – Mavoungou Junior Merlin s’interroge sur l’opportunité d’une cérémonie de remerciement pour des remboursements qui relèvent du droit.

Les épargnants de Poste SA vont enfin récupérer leur argent. Après des années d’attente, d’incertitude et de souffrance, l’annonce est une bonne nouvelle qu’il faut saluer. Mais derrière le soulagement, une question de principe se pose : faut-il transformer l’exécution d’une obligation légale en cérémonie de remerciement ?

 

Le point de départ est simple et ne souffre pas d’ambiguïté. L’argent déposé à Poste SA appartient aux épargnants. L’État était débiteur. Rembourser cet argent n’est ni un geste de générosité ni un acte de bonté exceptionnelle. C’est une obligation légale, morale et contractuelle.

 

C’est pourquoi l’organisation d’une cérémonie publique pour « remercier » le Président de la République interroge. Une telle mise en scène risque de transformer un devoir de l’État en cadeau présidentiel. Le message subliminal devient alors : « Sans lui, vous n’auriez rien eu ». 

Cette logique est dangereuse. Elle infantilise les citoyens et personnalise ce qui devrait relever du fonctionnement normal des institutions. Dans un État de droit, le citoyen n’est pas un bénéficiaire passif. Il est titulaire de droits que l’administration a l’obligation de respecter.

 

L’interrogation prend une autre dimension à la lumière de la déclaration du Président de la République devant le Parlement le 15 juin 2026. Il y déclarait lui-même : « Vous conviendrez avec moi que ce narratif du « Gabon pays riche » est une illusion ».

 

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Si le « Gabon pays riche » est une illusion et si les contraintes budgétaires sont bien réelles, était-il indispensable de consacrer des ressources à une cérémonie de célébration pour accompagner le remboursement d’une dette que l’État devait honorer ?

 

Cet argent n’aurait-il pas été plus utile pour rembourser davantage d’épargnants ou pour renforcer les mécanismes de contrôle afin qu’un tel scandale ne se reproduise plus ? La question mérite d’être posée sans détour.

 

Le problème dépasse le cas de Poste SA. Lorsque des banderoles proclament « Merci au Président » pour le remboursement d’une dette, elles habituent les citoyens à voir l’État comme la générosité d’un homme plutôt que comme un service public au service de tous.

 

Aujourd’hui, c’est Poste SA. Demain, ce seront l’eau, les routes, les écoles ou les hôpitaux. Faudra-t-il encore remercier un homme chaque fois que l’État accomplit simplement sa mission ?

 

Un grand Président n’a pas besoin de tambours pour rembourser ce qui est dû. Un État fort accomplit son devoir sans chercher des applaudissements. Les citoyens ne doivent pas être reconnaissants pour leurs droits. Ils doivent être exigeants quant à leur respect.

 

La priorité aujourd’hui est d’aller vite pour rembourser l’ensemble des épargnants et de mettre en place des garde-fous solides pour éviter que la situation ne se reproduise. Le vrai mérite ne sera pas dans les discours et les cérémonies, mais dans la capacité des institutions à fonctionner sans à-coups, dans la transparence et la prévisibilité.

 

Rendre l’argent aux épargnants est une bonne chose. Le faire sans chercher à en tirer un capital politique en serait une encore meilleure.

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