SETRAG : derrière l’acharnement contre les syndicats, les révélations sur un système présumé de précarisation et de favoritisme dans le recrutement
Alors que la direction générale de la SETRAG multiplie les procédures disciplinaires contre les dirigeants des organisations syndicales les plus représentatives, des travailleurs temporaires se déclareraient prêts à témoigner sur des pratiques controversées de recrutement. Une situation qui soulève des interrogations sur les véritables motivations de cette offensive contre les représentants des travailleurs.
Le climat social à la Société d’exploitation du Transgabonais (SETRAG) continue de se dégrader. Demandes d’explications contestées, convocations à des entretiens préalables et remises en cause de la légitimité de responsables syndicaux se succèdent, donnant le sentiment d’un acharnement délibéré contre les organisations qui refusent de cautionner certaines pratiques de gestion.
Fait particulièrement troublant, les principales cibles de ces initiatives appartiennent aux deux organisations syndicales qui totalisent, à elles seules, plus de 80 % des sièges de délégués du personnel issus des dernières élections professionnelles.
Pourquoi une telle hostilité envers des représentants bénéficiant d’une légitimité électorale aussi importante ? Que reproche-t-on réellement à ces dirigeants syndicaux, au-delà des motifs disciplinaires fallacieux, officiellement invoqués ?
La réponse pourrait se trouver dans les pratiques de gestion des ressources humaines que ces organisations entendent dénoncer.
Le cas de HSD, société intervenant dans le placement du personnel auprès de la SETRAG, est particulièrement révélateur des interrogations qui entourent cette politique de recrutement.
Selon les informations rapportées, HSD fonctionnerait à travers deux entités, HSD Services et HSD Solutions, qui offriraient aux travailleurs des perspectives professionnelles radicalement différentes.
La première serait destinée aux salariés recrutés sous contrats de mission successifs, parfois pendant plusieurs années, sans véritable perspective d’intégration à la SETRAG. Ces travailleurs, pourtant affectés à des activités nécessaires au fonctionnement de l’entreprise, seraient ainsi maintenus dans une précarité durable.
La seconde constituerait, selon les dénonciations, un circuit privilégié de recrutement. Des parents, amis et connaissances y seraient orientés sous contrats à durée déterminée, avec la perspective d’intégrer directement les effectifs de la SETRAG au terme de leur CDD.
Plus préoccupant encore, les entretiens de recrutement seraient personnellement conduits par le directeur des ressources humaines de la SETRAG, qui procéderait ensuite à l’orientation des candidats vers l’une ou l’autre entité.
Si ces informations sont confirmées, elles pourraient révéler un système de recrutement à deux vitesses, dans lequel les perspectives professionnelles dépendraient moins des compétences et de l’expérience que des relations personnelles.
Une telle situation soulèverait de sérieuses questions au regard du Code du travail gabonais, notamment de son article 33 relatif au recours au travail temporaire.
Mais l’affaire pourrait prendre une dimension autrement plus embarrassante pour les responsables concernés.
Selon les informations recueillies, plusieurs travailleurs temporaires se déclareraient désormais prêts à témoigner sur les conditions de leur recrutement, la succession de leurs contrats de mission et les mécanismes présumés de sélection des candidats destinés à intégrer la SETRAG.
Ces témoignages, s’ils sont recueillis et corroborés par des éléments matériels, pourraient permettre de mieux comprendre le fonctionnement réel du dispositif HSD et d’identifier d’éventuelles irrégularités.
Ils pourraient également éclairer les responsabilités respectives de l’entreprise utilisatrice et de la société de placement dans la gestion de ces travailleurs.
Dès lors, une question dérangeante se pose : la virulence de la direction générale contre les syndicats serait-elle liée à la crainte de voir ces pratiques exposées publiquement ?
La multiplication des procédures disciplinaires contre les dirigeants syndicaux nourrit cette interrogation. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à établir l’existence de représailles.

Les organisations concernées dénoncent néanmoins ce qu’elles considèrent comme une stratégie d’intimidation destinée à affaiblir leur capacité d’action et à détourner l’attention des véritables problèmes sociaux de l’entreprise.
Cette offensive apparaît d’autant plus incompréhensible qu’elle vise les représentants des deux organisations syndicales les plus représentatives, dont l’une est également prise à partie pour avoir manifesté sa solidarité envers l’autre.
Les responsables syndicaux refusent par ailleurs d’être instrumentalisés dans les rivalités de pouvoir et les luttes de leadership qui pourraient traverser la direction générale. Leur mandat consiste à défendre les intérêts des travailleurs, et non à servir de bras armé à des règlements de comptes internes.
Cette situation contraste avec les exhortations du président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, contre les pratiques de chantage et d’intimidation, ainsi qu’avec les recommandations du ministre du Travail en faveur de l’apaisement du climat social.
À la SETRAG, les syndicats estiment pourtant que la direction générale persiste dans une logique de confrontation, au risque de provoquer une crise sociale dont elle porterait une lourde responsabilité.
Au lieu de multiplier les convocations disciplinaires, pourquoi ne pas ouvrir une enquête transparente sur les pratiques de recrutement dénoncées ?
Combien de travailleurs temporaires ont enchaîné des contrats de mission pendant plusieurs années ? Combien ont été recrutés par HSD Services et HSD Solutions ? Quels critères déterminent leur affectation ? Combien de salariés issus de chacune de ces entités ont finalement intégré la SETRAG ? Et surtout, qui décide réellement de ces recrutements ?
Ces questions méritent des réponses vérifiables.
Si les faits dénoncés sont établis, ils pourraient caractériser des pratiques de favoritisme et un usage abusif du travail temporaire, au détriment de salariés maintenus dans une précarité injustifiée.
Ce qui est présenté comme une politique de gestion flexible du personnel pourrait alors apparaître comme un mécanisme organisé de discrimination dans l’accès à l’emploi.
Les autorités compétentes, notamment l’Inspection du travail, devraient pouvoir examiner les contrats, les durées de mission, les conditions de mise à disposition et les procédures d’intégration des travailleurs.
Quant aux salariés disposés à témoigner, leur parole devra être recueillie dans des conditions garantissant leur sécurité professionnelle et la confidentialité de leurs déclarations.
La direction générale de la SETRAG doit également pouvoir apporter ses explications sur les faits allégués.
Car le véritable enjeu dépasse désormais les différends entre une direction générale et ses partenaires sociaux. Il touche à la transparence des recrutements, au respect du droit du travail et à l’égalité des chances.
Si les révélations annoncées se confirment, l’affaire pourrait bien dépasser le simple conflit syndical pour devenir un dossier majeur de gouvernance sociale à la SETRAG.
Et dans ce cas, une interrogation demeurera : pourquoi avoir consacré autant d’énergie à poursuivre les représentants des travailleurs plutôt qu’à examiner les pratiques qu’ils dénoncent ?
On ne fait pas disparaître les injustices sociales en cherchant à faire taire ceux qui les dénoncent.
Aimé Jordan PANGO
