TRIBUNE LIBRE : POUR UNE MODERNISATION URGENTE DES OUTILS DE PILOTAGE ÉCONOMIQUE DU GABON

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Le rapport du FMI relayé par http://denews241.com vient nous rappeler une vérité simple : on ne peut pas construire l’avenir avec les outils du passé.

Le constat est sans appel. Pour piloter une économie de plus de 12 000 milliards de FCFA de PIB, le Gabon utilise encore le modèle MEGA++, adossé au Système de comptabilité nationale de 1968 et révisé pour la dernière fois en 2011.

 

Un outil comptable n’est pas un outil d’analyse. Or MEGA++ a été conçu pour enregistrer, pas pour anticiper. De ce fait, nos projections restent limitées à la croissance, la consommation et l’investissement, sans réelle capacité à intégrer les chocs exogènes, l’inflation importée, la dette, la transition énergétique ou la démographie. Pendant ce temps, nos partenaires de la CEMAC et de l’UEMOA ont déjà migré vers des modèles dynamiques d’équilibre général. Nous prenons donc des décisions avec plus de quinze ans de retard technique. Sans modélisation fine, chaque loi de finances devient un pari et ce sont les populations qui paient l’addition quand les prévisions ne tiennent pas. Une économie moderne a besoin d’un GPS, pas d’une boussole de 1968.

 

Au-delà de l’aspect technique, il y a un enjeu politique majeur : la souveraineté. Le politique ne peut être crédible que s’il s’appuie sur des données fiables et actuelles. Aujourd’hui, le décalage entre la réalité du terrain et les chiffres de l’administration nourrit la méfiance des citoyens, des investisseurs et des partenaires techniques comme le FMI. Pire, cela affaiblit la capacité du Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, à tenir ses engagements. Comment accélérer la transformation du Gabon si nous ne mesurons pas en temps réel l’impact de nos politiques publiques ? Moderniser nos outils, c’est donner au pouvoir public les moyens de sa politique. C’est un acte de souveraineté.

 

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Sous l’impulsion du Président OLIGUI NGUEMA, le Gabon est entré dans une phase de rupture. Cette rupture doit aussi être technique. Il est urgent de migrer vers un modèle macroéconomique dynamique, capable de faire des simulations de chocs et d’intégrer le secteur informel, le climat et la dette, en s’inspirant des standards de la Banque Mondiale et du FMI. Cet investissement est indispensable. Il faut dans le même temps renforcer les capacités de la DGEPF en formant les cadres aux nouveaux logiciels, en recrutant des économètres et en créant un véritable pôle d’analyse et de prévision. Un bon outil sans bons techniciens ne sert à rien. Enfin, pour restaurer la confiance, il faut ouvrir les données. Publier les hypothèses, les modèles et les résultats. Un gouvernement qui explique ses chiffres est un gouvernement transparent qui rassure les investisseurs et les bailleurs.

 

Perspectives : Vers une Réforme Urgente

Pour absorber ces engagements sans aggraver la vulnérabilité, il est essentiel de booster les recettes fiscales en exploitant au mieux les secteurs du pétrole et des mines via des partenariats internationaux transparents et équitables. À défaut, un recours accru à l’aide multilatérale (FMI, Banque Mondiale) pourrait s’avérer nécessaire, tout en veillant à des conditions favorables pour éviter une dépendance excessive. Les recommandations clés pour une réforme urgente incluent aussi une diversification des sources de financement, notamment via des partenariats public-privé (PPP) pour des projets infrastructurels, et un allongement des maturités des titres pour lisser les pics de remboursement. Mais au-delà, il faut renforcer la transparence pour éviter tout gaspillage ou détournement : cela passe par la publication régulière et complète de la dette publique, en incluant la dette cachée, comme les encours entre l’État et les institutions publiques, qui échappent souvent au radar officiel et alimentent les suspicions de corruption.
Parallèlement, une revue drastique du train de vie de l’État s’impose : réduction des dépenses somptuaires, optimisation des budgets ministériels et rationalisation de la carte diplomatique du Gabon, etc…

 

Le problème n’est donc plus la qualité de la volonté politique. Elle existe. Le problème est désormais celui des instruments. Le Gabon de 12 000 milliards ne peut plus être piloté comme celui de 1968. Il est temps de doter notre administration des outils du 21e siècle pour bâtir un Gabon plus juste, plus prospère et plus prévisible.

 

JOVANNY MOUBAGNA
Juriste Publiciste, Chercheur et Acteur Politique

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