U17 : le Gabon a joué contre un système, pas seulement contre onze joueurs
Le score est sévère, personne ne le conteste : 6-0 pour le Maroc, à Rabat. Mais s’arrêter au tableau d’affichage serait passer à côté de l’essentiel. Face aux jeunes Panthéreaux, il n’y avait pas seulement onze joueurs. Il y avait un système, construit patiemment depuis quinze ans.
Tout commence en 2008 avec l’Académie Mohammed VI, inaugurée en 2010 à Salé pour environ 13 millions d’euros, avec le soutien de grandes entreprises marocaines. C’est elle qui a formé des joueurs comme En-Nesyri, Ounahi ou Aguerd. En 2019, le Complexe Mohammed VI de Maâmora a changé l’échelle : 29,3 hectares, 11 terrains, des hôtels, un hôpital universitaire, un centre de médecine du sport, une piscine olympique. Un investissement estimé à 630 millions de dirhams, soit environ 75 millions d’euros. Les jeunes Marocains y vivent et s’y entraînent toute l’année.
À cela s’ajoute la préparation du Mondial 2030, avec près de 20 milliards de dirhams mobilisés pour les stades. Au total, c’est un effort de l’ordre de deux milliards d’euros sur quinze ans, porté par l’État, entre formation, centre d’élite et infrastructures.
Les résultats suivent. Quart de finaliste de la Coupe du monde U17 en 2023, finaliste de la CAN de la catégorie la même année, qualifié à nouveau en 2025, auteur d’un 16-0 historique face à la Nouvelle-Calédonie : le Maroc U17 est une référence mondiale. Quand le Gabon cherche encore sa place en CAN, le Maroc vise les demi-finales d’une Coupe du monde. L’écart se mesure en années de travail et en moyens, pas en talent.

C’est pourquoi les jeunes Gabonais sont à féliciter. Ils ont fait le déplacement, relevé le défi et affronté sans trembler l’une des meilleures sélections de leur catégorie. À 16 ou 17 ans, se mesurer à un tel adversaire chez lui est une école de vie que le score ne reflète pas.
Il faut aussi rendre à la Fédération gabonaise de football ce qui lui revient. Sous le leadership visionnaire de son président, Pierre Alain Mounguengui, la FEGAFOOT a remis les compétitions de jeunes au centre du jeu : les U15 à Lambaréné, les U17 à Oyem. Ces efforts sont réels et méritent mieux qu’un revers de la main. L’organisation même de cette rencontre à Rabat est à son actif : elle a choisi de confronter ses jeunes au meilleur niveau plutôt que de les protéger.
La leçon marocaine est simple. Le football n’est plus seulement un jeu, c’est un enjeu économique et un levier de développement, et les nations qui l’ont compris en ont fait une politique publique. Une fédération, aussi déterminée soit-elle, ne peut pas tout porter seule. La FEGAFOOT fait sa part. Il faut maintenant que l’État l’accompagne, avec des infrastructures, des centres de formation et une vision de long terme.
Le 6-0 de Rabat n’est pas une fin, c’est un point de départ.
