14,7 milliards sur la table : le Gabon paie ses dettes et rapatrie la priorité sur ses étudiants

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Coup de gomme sur l’ardoise. L’Agence nationale des bourses du Gabon vient d’annoncer l’apurement total de 14,7 milliards de FCFA de dettes envers les établissements privés d’enseignement supérieur. Résultat : 7209 étudiants boursiers respirent enfin. Plus de menace d’exclusion, plus de chantage aux relevés de notes. Après des mois de bras de fer entre l’État et les universités privées, la facture des exercices 2023-2024 et 2024-2025 est soldée. Un signal fort, au mois d’avril 2026, pour dire que le pays reprend la main sur l’avenir de sa jeunesse.

 

Car la tension était à son comble. Les grandes écoles et universités privées de Libreville, Port-Gentil ou Franceville n’en pouvaient plus des impayés. Certaines parlaient déjà de bloquer l’accès aux cours, d’autres retenaient les diplômes. En jeu : la scolarité de 7209 Gabonais, coincés entre l’État mauvais payeur et des établissements à bout. En régularisant 14,7 milliards d’un coup, sur ordre « des plus hautes autorités », l’ANBG désamorce une bombe sociale. C’est aussi un message aux promoteurs privés : l’État honore ses engagements, le partenariat peut reprendre.

 

Au-delà du chèque, c’est une doctrine qui se dessine : priorité aux formations nationales. L’ANBG l’assume sans détour. Pendant que les allocations de février à avril sont en cours de paiement au Gabon, après rattrapage jusqu’en janvier, les bourses à l’étranger – France, Sénégal – font l’objet d’« ajustements » pour réduire les retards. Traduction : on sécurise d’abord les étudiants formés au pays. Dans un contexte où les conditions se durcissent en France, visa, logement, coût de la vie, Libreville choisit de limiter les départs. Former local, dépenser local, contrôler local.

 

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Et le contrôle, justement, se renforce. L’ANBG déploie des missions sur le terrain pour vérifier l’assiduité et la présence réelle des étudiants. Fini les bourses fantômes, les inscrits qui n’assistent jamais aux cours. Chaque franc CFA doit aller à un étudiant qui étudie. C’est l’autre volet des 14,7 milliards : payer, oui, mais payer utile. Dans le secondaire, les paiements sont « globalement à jour », sous réserve de validation administrative. Le mot d’ordre est partout le même : restaurer la prévisibilité d’un système longtemps accusé de naviguer à vue.

 

Cette opération à 14,7 milliards est donc triple. Un : éteindre l’incendie avec les établissements privés et sauver l’année de 7209 étudiants. Deux : affirmer une préférence nationale, en rendant les campus gabonais plus attractifs et mieux financés que les filières extérieures devenues incertaines. Trois : moraliser la gestion en traquant l’absentéisme et en fiabilisant le calendrier de paiement.

 

Reste l’épreuve de la durée. Apurer une dette, c’est bien. Ne pas en recréer une autre, c’est mieux. Les autorités promettent de « stabiliser le système » et de « renforcer les filières nationales ». Les étudiants, eux, jugeront sur pièce : bourse versée à date fixe, salles de cours ouvertes, diplômes délivrés sans chantage. 14,7 milliards, c’est le prix de la confiance. Libreville vient de le payer cash. Aux étudiants et aux écoles de transformer l’essai.

 

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