Crise des enseignants : quand le syndicalisme gabonais paie le prix de son imposture originelle
La crise actuelle de l’enseignement au Gabon ne tombe pas du ciel. Elle n’est ni conjoncturelle, ni accidentelle. Elle est le produit d’une crise de légitimité profonde du syndicalisme gabonais, héritée de l’ordre ancien.
Le militantisme syndical tel que nous le connaissons aujourd’hui trouve sa source dans la COSYGA, qui, avant le multipartisme, n’était rien d’autre qu’un organe de base du parti unique. Comme les partis politiques nés après la Conférence nationale, les syndicats dits « traditionnels » n’ont pas émergé d’une dynamique démocratique autonome, mais d’un fractionnement contrôlé, encouragé et financé par le pouvoir, pour canaliser et neutraliser la colère sociale née de la crise de 1990.
À l’image du parti unique qui s’est fragmenté en une multitude de formations sans réelle autonomie, tous les syndicats traditionnels sont des démembrements directs de la COSYGA.
La première fracture majeure survient lorsque le secrétaire général de la COSYGA, refusant d’organiser un congrès qu’il savait perdu d’avance, s’accroche au pouvoir avec le soutien du régime. Menacé lors d’un congrès décisif par Francis Mayombo, le plus brillant de sa génération, il ira jusqu’à alerter le président Omar Bongo que son éviction mettrait en péril la stabilité du régime. La réponse fut politique : le pouvoir finance la création de la CGSL, confiée à Mayombo, pour préserver la direction sortante de la COSYGA. La division est née non d’un débat syndical, mais d’un calcul politique.
Depuis ce congrès fondateur, plus aucun congrès démocratique ne sera organisé. La COSYGA s’enfonce dans la confiscation du pouvoir interne, jusqu’au congrès factice de 2019, organisé par Martin Alini, destiné à assurer une succession de façade tout en maintenant le contrôle réel des leviers. Ce congrès accouchera d’un bicéphalisme toujours non résolu.
Face à l’impossibilité de réformer la COSYGA de l’intérieur, les cadres et responsables écartés ont quitté progressivement la centrale pour créer leurs propres syndicats. C’est la véritable origine de la prolifération anarchique des syndicats traditionnels, non pas une vitalité démocratique, mais une fuite face à une gouvernance autocratique adossée au pouvoir politique.

La crise actuelle de l’enseignement est donc la conséquence directe de cette histoire : une rupture totale de confiance entre les travailleurs, des syndicats discrédités et un gouvernement habitué à dialoguer avec des relais sans légitimité.
Aujourd’hui, la base enseignante ne rejette pas le dialogue. Elle rejette la manipulation. Elle ne refuse pas la négociation. Elle refuse la confiscation de sa parole. Tant que le pouvoir continuera à s’appuyer sur des syndicats héritiers de cette imposture originelle, aucune sortie de crise durable ne sera possible.
Le problème n’est plus la revendication.
Le problème, c’est la légitimité.
Et la base a décidé de la reprendre.
La rédaction
