Suppression des bourses vers les États-Unis, la France et le Canada : une solution stratégique pour lutter contre la fuite des cerveaux
En déplacement à Washington, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé une série de réformes en préparation de l’année universitaire 2025-2026. Parmi ces réformes, une décision particulièrement controversée retient l’attention : la suspension des bourses d’études vers les États-Unis et le Canada à partir de 2026. En réalité, une décision à multiples avantages pour notre pays.
Bien que critiquée, cette mesure, présentée comme un moyen de privilégier les études dans des pays africains et de lutter contre la « fuite des cerveaux », constitue une aubaine dans un contexte de rigueur budgétaire.
Une décision cohérente face aux coûts élevés des formations
En effet, il s’agit de réduire les dépenses de l’État liées aux bourses des étudiants formés à l’étranger. Ces dépenses, évaluées à 60 milliards de francs CFA (91,6 millions d’€) par année, sont ainsi présentées comme un préjudice pour l’Etat qui finance une « fuite des cerveaux » ou « brain drain » en anglais, face à l’absence de retour au pays pour des élèves formés aux frais de l’Etat.
L’argument avancé par le chef de l’État est également que ces partenariats internationaux, souvent forgés sur des décennies de coopération, ne se limitent pas à un simple transfert d’étudiants. Ils représentent une perte nette pour le Gabon qui paie pour éduquer et former des individus qui ne contribueront pas à notre économie mais à celle des pays dans lesquels Ils ont étudié.

Conscient que les études à l’étranger permettent d’accéder à des programmes d’études uniques, souvent inaccessibles au niveau national, et d’acquérir des compétences qui ne sont pas encore suffisamment développées au Gabon, le président de la République, contrairement à certaines affirmations, précise que les bourses à l’international ne sont pas supprimées, mais réorientées vers des destinations stratégiques en Afrique — comme le Maroc, le Ghana ou le Sénégal. Ces pays offrent une formation de qualité à des coûts raisonnables. Une bourse aux États-Unis ou au Canada équivaut à 10 bourses dans des pays partenaires comme le Maroc, le Ghana ou le Sénégal. Pourtant, le niveau d’enseignement dans des pays partenaires africains est de qualité : il n’est ni rétrograde, ni dévalorisant de proposer des alternatives sérieuses en Afrique.
Une expansion des capacités nationales sur la logique de l’équité et de la souveraineté éducative
Contrairement à l’ancien régime qui annonçait sa volonté de lutter contre la fuite des cerveaux sans jamais qu’aucune politique concrète ne voit le jour pour renforcer la qualité de l’enseignement supérieur local et améliorer l’attractivité du pays vis-à-vis de ses diplômés de l’étranger, le gouvernement actuel met en avant l’augmentation des capacités d’accueil des institutions nationales comme justification de cette réforme. La construction de nouveaux complexes universitaires et l’extension des instituts spécialisés sont des avancées, on parle également d’un renforcement parallèle des ressources pédagogiques et des conditions d’apprentissage, qui apporteront un plus à l’efficacité de la formation.
Une approche qui ne manque pas de détracteurs
Les réformes annoncées par le président de la République montrent une volonté de changement, mais contre toute attente, elles essuient de nombreuses critiques. Le cas de l’ancien premier ministre du régime Bongo, Alain-Claude Bilie-By-Nze, principal opposant à Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidentielle d’avril dernier, dénonce ce qu’il perçoit comme une volonté politique de « taper toujours sur les plus faibles » au nom de la réduction du train de vie de l’État.
Mais comment comprendre que ceux qui, hier encore, furent les artisans d’un silence complice puissent aujourd’hui se poser en donneurs de leçons ? Non, mais vraiment non… Quoi qu’en pensent certains, le président Oligui Nguema agit là où d’autres ont réculé faute de courage. Il est coûteux pour l’État de continuer à financer les études d’une minorité d’étudiants aux États-Unis et au Canada pendant que des milliers d’autres restent sans soutien local. En sa qualité de chef, il fait ce que le pays attend depuis des décennies.
