Milingui : le Gabon passe du papier au minerai
Après neuf ans de carottages, de sondages et de paperasse, le fer de Milingui sort enfin des rapports techniques. Le Gabon vient de signer sa toute première convention d’exploitation ferrifère et vise un démarrage dès novembre. Ce n’est plus un projet sur une carte, c’est une machine qui s’enclenche.
Près de 500 millions de tonnes de minerai estimées. Dans un marché mondial où la sécurité d’approvisionnement devient stratégique, un tel volume change le statut du Gabon. On ne parle plus de potentiel à l’horizon 2040. On parle de tonnes qui peuvent partir dès cette année.
Le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a paraphé l’accord avec Havilah Mining Gabon. Ce qui rend la chose historique, c’est le timing : la convention arrive avant le démarrage effectif. L’État pose le cadre, verrouille les obligations, et évite de négocier sous la pression une fois la production lancée.
Le temps de l’exploration est derrière. Les études géologiques sont bouclées, le gisement est caractérisé, le plan minier est prêt. Milingui entre en phase d’exploitation industrielle. C’est le passage du “prouvons qu’il y a du minerai” au “sortons-le, vendons-le, transformons-le en activité économique réelle”.
La première phase cible le Direct Shipping Ore. Environ 35 millions de tonnes exportables sans usine lourde. C’est du minerai à haute teneur qui part directement vers les marchés. Avantage : mise en production rapide, flux de trésorerie plus tôt, effet visible sur les recettes et sur l’emploi local. L’usine de transformation viendra ensuite, quand les flux seront stabilisés.
Gabriel Kamga l’annonce : 530 emplois directs et plus de 1 100 indirects dès la phase initiale. À moyen terme, on parle de 830 emplois directs et plus de 2 000 indirects. Conducteurs d’engins, mécaniciens, logisticiens, sous-traitants locaux, restauration, transport. L’effet d’entraînement se mesure dans les marchés de Milingui et de ses environs.

Le pétrole a longtemps porté le budget. Il ralentit. Le fer arrive au bon moment pour lisser le choc. Si l’exploitation tient ses promesses, le Gabon gagne un deuxième pilier d’exportation, moins volatile à court terme et plus ancré dans l’économie réelle. C’est une façon de repositionner le pays sur la carte minière africaine.
Sortir le minerai est une chose. Faire en sorte que l’argent reste au pays en est une autre. Redevances, fiscalité, obligations de contenu local, formation des Gabonais, sous-traitance aux PME nationales. La convention doit être suivie à la lettre, et les contrôles doivent suivre. Sinon, on exporte des tonnes et on importe des frustrations.
Un gisement sans route, sans port, sans rail compétitif, c’est un gisement qui perd de l’argent. La réussite de Milingui dépendra de la chaîne logistique : piste minière, évacuation, capacité portuaire, coûts de fret. Chaque dollar économisé sur la logistique est un dollar de marge et de compétitivité sur le marché mondial.
L’exploitation doit s’accompagner d’un plan eau, poussière, réhabilitation et consultation continue. Les villages autour ne veulent pas de promesses, ils veulent des emplois, des contrats locaux, et des engagements tenus. Une mine qui s’isole socialement finit par coûter plus cher qu’elle ne rapporte.
Novembre arrive vite. Si la production démarre comme annoncé, le Gabon montre qu’il sait passer de l’exploration à l’export en moins d’un an. Pour les investisseurs, c’est un signal. Pour les Gabonais, c’est du concret : emplois, commandes locales, recettes nouvelles. Le fer de Milingui n’est pas juste une ligne sur un tableau. C’est le test de la capacité du pays à transformer ses ressources en richesses visibles.
A J P
