Mode gabonaise : Chouchou Lazare veut coudre l’identité du pays à l’école et au musée
Pour Chouchou Lazare, habiller le Gabon ne suffit plus. Il faut penser, écrire et transmettre l’histoire de cette façon de s’habiller. Le styliste milite pour une tenue officielle qui ne sorte pas d’un bureau fermé, mais d’un débat collectif. Et il va plus loin : il rêve d’un musée du vêtement gabonais et d’un département Mode à l’université Omar Bongo. Son message est net : la mode n’est pas une frivolité. C’est de la mémoire, du savoir-faire et de la fierté nationale en tissu.
Chouchou Lazare ne croit pas à l’identité vestimentaire décrétée d’en haut. Pour lui, la tenue officielle du Gabon doit naître d’une réflexion collective. Designers, tisserands, couturiers de quartier, historiens, anciens, jeunes créateurs : tout le monde a un mot à dire.
Pourquoi ? Parce qu’un vêtement national qui ne raconte que la vision d’une élite finit par rester dans l’armoire. À l’inverse, un vêtement co-construit devient un symbole vivant. Il capte les motifs du bwiti, les couleurs du pays, les coupes modernes, et il parle à Libreville comme à Oyem, à Port-Gentil comme à Franceville. L’inclusivité, ici, n’est pas un slogan. C’est la condition pour que les Gabonais se reconnaissent dedans.
L’autre combat de Chouchou Lazare, c’est la mémoire matérielle. Il veut créer un musée dédié à l’histoire du vêtement gabonais.
L’idée est simple : collecter les textiles, les outils, les patrons, les photos, les témoignages des anciens couturiers. Préserver les savoir-faire qui disparaissent avec la génération qui part. Documenter comment on teignait, comment on tissait, comment on adaptait la mode occidentale aux réalités locales.
Sans ce travail, on risque de se réveiller un jour avec des pagnes imprimés à l’étranger et zéro trace de la manière dont nos grands-mères confectionnaient leurs tenues. Un musée, c’est une assurance contre l’oubli.
Le troisième pilier, c’est la formation. Chouchou Lazare plaide pour la création d’un département Mode à l’université Omar Bongo.

Son argument est direct : pendant longtemps, on a méprisé la mode au Gabon. On l’a vue comme un loisir, pas comme un métier. Résultat, la plupart des créateurs se forment sur le tas, comme lui-même, en autodidacte.
En institutionnalisant la filière, on change d’échelle. On enseigne l’histoire du textile, le modélisme, la gestion d’atelier, le marketing, la propriété intellectuelle. On sort des diplômés capables de monter une marque, de répondre à des appels d’offres, d’exporter. La mode devient un champ d’excellence académique, pas juste un talent isolé.
Derrière tout ça, il y a une conviction : la mode raconte une histoire. Elle dit d’où l’on vient, ce qu’on valorise, comment on veut se montrer au monde.
Quand un pays n’a pas de récit vestimentaire, il emprunte celui des autres. Il consomme des tendances sans les digérer. Quand il en a un, il affirme sa place. Il exporte sa culture autant que ses matières premières.
Pour Chouchou Lazare, habiller le Gabon, c’est donc affirmer le Gabon. Et transmettre ce savoir aux générations futures, c’est s’assurer que cette affirmation ne s’arrête pas à une génération de créateurs.
Tenue officielle co-créée, musée du vêtement, département Mode à l’université : le plan de Chouchou Lazare est cohérent. Il relie la création, la mémoire et la transmission.
Si le Gabon saisit l’occasion, il ne gagnera pas juste une jolie tenue pour les cérémonies. Il gagnera une industrie culturelle capable de créer des emplois, de préserver un patrimoine et de dire au monde, en tissu et en coupe, qui il est.
Aimé Jordan PANGO/ Source: Éveil citoyen
