Cinéma/ Gabon: : « De l’Ambition au péché », un film gabonais qui interroge les dérives du pouvoir et leurs conséquences familiales
La salle de spectacle du Centre culturel français (CCF) a affiché complet, au point de refuser du monde, le samedi 6 juin 2026, à l’occasion de la projection du long-métrage gabonais « De l’Ambition au péché ». Réalisé par Vincent Mbindzou et produit par Sylvain Engoang, ce film a suscité un vif intérêt auprès du public, venu nombreux découvrir cette œuvre mêlant ambition, pouvoir, drame familial et réflexion sociale.
Une quête du pouvoir aux lourdes conséquences
À travers ce nouveau film, le réalisateur Vincent Mbindzou plonge les spectateurs dans l’univers d’un employé animé par une ambition dévorante : devenir directeur général de son entreprise. Frustré par un environnement professionnel où son supérieur hiérarchique limite constamment ses initiatives, il nourrit le rêve d’accéder lui-même à ce poste prestigieux.

Déterminé à accélérer son ascension, il rejoint une obédience, persuadé qu’elle lui permettra d’atteindre son objectif. Mais cette quête du pouvoir n’est pas sans conséquences. Peu à peu, les exigences et les contraintes liées à ses choix finissent par affecter son entourage familial. Sa propre fille devient l’une des principales victimes de cette spirale destructrice, illustrant le prix parfois exorbitant de l’ambition lorsqu’elle dépasse les limites de la raison.
Un casting intergénérationnel au service de la transmission
Pour porter cette histoire à l’écran, Vincent Mbindzou a fait le choix d’un casting réunissant plusieurs générations d’acteurs, mêlant figures confirmées du cinéma gabonais et jeunes talents prometteurs.
« J’ai essayé de créer un mélange entre les anciens et les nouveaux acteurs afin de permettre aux jeunes de progresser et de gagner en expérience. Lorsque vous regarderez le film, vous découvrirez à la fois des visages bien connus du public et d’autres moins connus, mais tout aussi talentueux », explique le réalisateur.

À travers cette démarche, il entend favoriser la transmission du savoir-faire tout en offrant davantage de visibilité à la relève du cinéma gabonais.
Un projet né en 2025
Le réalisateur est également revenu sur la genèse du film.
« Ce projet remonte à 2025. À cette période, le producteur Sylvain Engoang m’a contacté et m’a soumis le scénario afin que nous puissions travailler ensemble sur sa réalisation. La production a véritablement démarré en 2026. Le tournage et l’ensemble des travaux liés au film ont nécessité près d’un mois et demi. Après cette phase, nous sommes entrés en post-production, finalisée au mois d’avril. Au total, ce projet a représenté environ trois mois de travail intensif », a-t-il expliqué.
Selon lui, l’histoire est partiellement inspirée de faits réels vécus dans la famille du producteur.
« Certains événements, notamment l’inceste évoqué dans le film, trouvent leur origine dans des faits réels. Cependant, plusieurs éléments ont été ajoutés afin de renforcer l’intrigue et de répondre aux exigences du récit cinématographique. Le scénario a été écrit par le producteur lui-même ; pour ma part, mon rôle s’est limité à la réalisation », a précisé Vincent Mbindzou.
Un public conquis
À l’issue de la projection, les réactions du public ont largement confirmé le succès de l’œuvre. Les spectateurs ont manifesté leur enthousiasme à plusieurs reprises durant le film par des applaudissements nourris.
Fait inhabituel, une grande partie du public est restée dans la salle après la projection afin d’échanger avec les acteurs présents et de partager leurs impressions.
Pour Vincent Mbindzou, cet engouement témoigne de l’intérêt croissant des Gabonais pour leur cinéma national.

« Nous devons poursuivre dans cette dynamique en proposant des productions de qualité. Le public gabonais devient de plus en plus exigeant et attend des œuvres à la hauteur de ses attentes », a-t-il déclaré.
Sara Champagne : un rôle éprouvant mais enrichissant
Actrice gabonaise depuis 2012, Sara Champagne figure parmi les interprètes du long-métrage. Elle y incarne Prisca Obiang, une jeune étudiante victime d’abus commis par son père.
« C’est une jeune fille profondément marquée par les événements qu’elle traverse. Tout au long du film, le public découvre l’évolution de ce personnage ainsi que les conséquences psychologiques et sociales de cette situation sur sa vie », explique l’actrice.
Elle reconnaît que ce rôle a constitué un véritable défi artistique.
« C’était une expérience nouvelle pour moi. Ce personnage est particulièrement fort et chargé d’émotions. Il fallait réussir à transmettre sa douleur, sa peur et ses blessures avec justesse. Grâce au travail de préparation et à l’expérience acquise depuis plusieurs années, j’ai pu relever ce défi. Cette interprétation m’a permis d’explorer de nouvelles facettes de mon métier et de livrer une prestation qui, je l’espère, touchera le public », a-t-elle confié.
Sylvain Engoang : de la banque au cinéma
Pour le producteur Sylvain Engoang, « De l’Ambition au péché » marque le début d’une nouvelle aventure professionnelle et personnelle.
Ancien cadre de la Banque centrale et de la Commission bancaire d’Afrique centrale, il a choisi de se consacrer au cinéma après sa retraite.
« L’Ambition au péché est effectivement ma première production. J’ai passé toute ma carrière à la Banque centrale et à la Commission bancaire. Une fois à la retraite, j’ai retrouvé ma passion pour le cinéma », a-t-il déclaré.
Inspiré par une histoire réelle, il a souhaité partager cette expérience avec le public à travers le grand écran.
« J’ai voulu écrire ce film en m’inspirant d’une histoire vraie. Je souhaitais transmettre ce récit au public. Le cinéma a toujours été une passion pour moi et, lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai décidé de vivre pleinement cette passion », a-t-il ajouté.
Devenu à la fois acteur et producteur, il souligne l’importance du soutien reçu de la part des professionnels du secteur.
« J’ai bénéficié de l’accompagnement des anciens. Ils m’ont encouragé à poursuivre cette voie et à vivre pleinement ma passion. Cela m’a beaucoup aidé », a-t-il indiqué.
Une aventure qui ne fait que commencer
Interrogé sur ses projets futurs, Sylvain Engoang s’est montré particulièrement optimiste.
« Ce film n’est pas une fin en soi. C’est le début d’une longue histoire. Nous commençons seulement cette aventure et nous allons encore vivre beaucoup de choses ensemble », a-t-il conclu sous les applaudissements du public.
Avec cette première production, le nouveau venu du cinéma gabonais affiche clairement ses ambitions : faire du septième art un espace d’expression durable et contribuer activement au développement de l’industrie cinématographique nationale.
Roselyne Geneviève Bekale Ondo
