Cinéma gabonais : l’IGIS s’allie à AFJ pour muscler la production et passer à la vitesse supérieure
Libreville, 2 juillet 2026 – Fini l’attentisme. L’Institut Gabonais de l’Image et du Son sort de sa zone de formation et entre dans l’arène de la production. Ce jeudi 2 juillet, l’IGIS a paraphé son tout premier partenariat technique avec AFJ, la maison de production fondée par Frédéric Gassita.
Le constat est brutal et connu de tous les professionnels du secteur : l’IGIS forme des techniciens, des réalisateurs, des monteurs. Mais quand il s’agit de tourner, l’Institut se heurte au mur des équipements. Pas de caméras 4K dernier cri, pas de parcs lumière à la hauteur, pas de post-production calibrée aux standards internationaux. Résultat : les projets dorment dans les tiroirs.
L’accord signé avec AFJ veut casser ce plafond de verre. D’un côté, AFJ apporte son expertise et son parc matériel « de dernière génération », rodé sur des productions privées. De l’autre, l’IGIS met sur la table sa ressource humaine : étudiants, formateurs, techniciens formés mais sous-employés. Le deal est simple : mutualiser pour produire.
« Ensemble, nous visons à produire en qualité et en quantité les contenus sélectionnés, pour faire émerger une industrie cinématographique gabonaise compétitive », a martelé Samson Elibigui, directeur général de l’IGIS.
Jusqu’ici, l’IGIS était perçu comme une école. Avec ce partenariat, il devient coproducteur. C’est un changement de braquet stratégique. Le Gabon ne peut plus se contenter d’envoyer ses jeunes se former puis les regarder chômer faute de plateaux. Il faut des films, des séries, des documentaires qui tournent, qui s’exportent, qui créent des emplois.

L’IGIS n’est pas parti de zéro. Le 10 avril 2026, l’Institut lançait un appel à projets pour dénicher des contenus qui « éduquent, sensibilisent et valorisent la culture gabonaise ». À la clôture, le 31 mai, 27 dossiers ont atterri sur la table. Une commission planche actuellement pour sortir les pépites. Ce sont ces films-là que l’alliance IGIS-AFJ doit mettre sur les rails.
Produire plus, oui. Mais le piège du contenu au rabais guette. Le public gabonais, biberonné à Nollywood et aux séries Netflix, est devenu exigeant. Samson Elibigui le sait : l’enjeu est de tenir les deux bouts. La « qualité » promise passe par les standards techniques d’AFJ. La « quantité » dépendra de la capacité à industrialiser le processus sans tomber dans l’usine à navets.
En choisissant AFJ, l’IGIS mise sur un acteur privé qui connaît la réalité du terrain. Frédéric Gassita n’est pas un théoricien. Sa structure a déjà produit, livré, diffusé. Ce pragmatisme manquait souvent aux initiatives publiques. L’État met les cerveaux, le privé met les machines et le savoir-faire. Sur le papier, l’équation est bonne.
Un partenariat ne fait pas une industrie. Le vrai juge sera le spectateur. Si, dans 12 mois, les salles, les chaînes et les plateformes ne diffusent pas de nouveaux films gabonais estampillés IGIS-AFJ, l’opération aura raté sa cible. L’enjeu est aussi économique : prouver qu’un film gabonais peut être rentable, créer une chaîne de valeur, et donner envie aux investisseurs de suivre.
L’IGIS vient de jouer sa première carte production. Elle est technique, concrète, et ne vend pas du rêve. Reste à transformer l’essai. Le cinéma gabonais a les histoires. Il a les visages. Avec AFJ, il aura peut-être enfin les images.
