Hommage à Juste Parfait MOUBAMBA, alias BUNG PINZE : quand un pionnier du rap gabonais se fait bâtisseur de dignité

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Libreville – Dans l’histoire du hip-hop gabonais, certains noms résonnent comme des repères. Celui de Juste Parfait MOUBAMBA, connu sur scène sous le nom de BUNG PINZE, en fait partie. Figure de la génération 90, ancien conseiller du ministre de la culture, il incarne aujourd’hui une trajectoire rare : celle d’un artiste devenu passeur de mémoire et défenseur actif des pionniers du mouvement.

 

Issu de la première vague du rap gabonais, BUNG PINZE s’est formé dans les années 1990, à l’époque où le micro était une arme de conscientisation. Cette « rapologie roots », comme l’appellent les initiés, mêlait textes engagés, critique sociale et attachement aux réalités du quartier. Plus qu’un style, c’était une école de vie. Trente ans plus tard, Moubamba en reste un « fidèle héritier ». Ses prises de parole publiques et ses initiatives gardent cette exigence : dire vrai, nommer les maux, mais surtout proposer.

Son passage au poste de conseiller a marqué un tournant. Loin de rompre avec son passé d’artiste, MOUBAMBA a utilisé cette fonction pour porter la voix d’un milieu souvent marginalisé. Il a multiplié les plaidoyers pour la structuration du secteur musical, l’accès des artistes aux droits sociaux et la mise en place de cadres de dialogue avec les institutions culturelles. Plusieurs acteurs du milieu reconnaissent son rôle dans la médiation entre les anciens du rap et les décideurs publics, à un moment où la question de la retraite, de la santé et de la transmission devenait critique.

Le mantra que ses proches lui attribuent résume sa vision : « Il n’y a pas de village sans corps de garde, sans anciens. » Pour Moubamba, oublier les pionniers revient à effacer une partie de l’identité culturelle du Gabon. Concrètement, cela s’est traduit par trois axes d’action. Primo, recenser les figures historiques du mouvement pour documenter leur apport. Secundo, créer des espaces d’expression intergénérationnels où les jeunes rappeurs rencontrent ceux qui ont ouvert la voie. Tertio, défendre l’idée d’un statut pour les artistes ayant contribué au rayonnement culturel national.

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Ses soutiens le décrivent comme un travailleur de l’ombre. « Il passe parfois des nuits blanches à penser à nous », confie un rappeur de la première heure. Derrière la formule, une réalité : Moubamba passe du temps à monter des dossiers, à solliciter des partenaires, à organiser des rencontres. L’objectif : sortir les anciens de l’anonymat et de la précarité. Loin des projecteurs, il mise sur la patience et la constance, deux valeurs qu’il puise dans cette « rapologie » qu’il revendique.

Le milieu du hip-hop, comme tout espace artistique, n’échappe pas aux rivalités. Conscient de ces fractures, l’ancien conseiller lance un appel direct : « Seul on démarre, ensemble on va plus loin. Mettons nos egos de côté pour notre propre bien. » Le message s’adresse d’abord aux anciens rappeurs du pays, invités à soutenir une démarche qui les concerne au premier chef. Mais il vise aussi la nouvelle génération, appelée à reconnaître sa filiation et à s’inscrire dans une chaîne de transmission.

« Mwane dimbu MOUBAMBA diboty. On peut tout dire sur toi mais nous savons que tu es vrai, réel. » Cette phrase, entendue dans les cercles du rap, traduit le capital de crédibilité dont jouit BUNG PINZE. Dans un environnement où la parole est souvent dévaluée, son parcours lui confère une légitimité : il a connu la rue, le studio, puis les bureaux. Cette double casquette lui permet de parler aux artistes comme aux institutions, sans renier ses origines.

Les défis restent nombreux : archivage du patrimoine hip-hop gabonais, mise en place d’un fonds de solidarité pour les artistes âgés, intégration du rap dans les programmes d’éducation artistique. Moubamba plaide pour une approche structurée, loin des actions ponctuelles. Sa vision est celle d’un écosystème où la création actuelle s’appuie sur une mémoire assumée, et où les pionniers ne sont plus des oubliés de l’histoire culturelle.

 

À travers son engagement, Juste Parfait Moubamba alias Bung Pinze rappelle une évidence : une culture ne tient debout que si elle honore ceux qui l’ont portée. Son combat pour la dignité, la reconnaissance et l’espoir des pionniers dépasse le seul cadre du rap. Il interroge la place que le Gabon accorde à ses créateurs, hier comme aujourd’hui.

 

Aimé Jordan PANGO 

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