MINISTÈRE – FEGAFOOT : LE BRAS DE FER QUI ÉPUISE LE FOOTBALL GABONAIS
Depuis avril 2026, le ton est monté. Le ministère des Sports a suspendu le processus électoral de la FEGAFOOT et exigé une régularisation en 60 jours. Quelques semaines après, nouvelle salve : le 7 mai, le ministre somme la fédération de lui remettre en 48 heures un plan d’action pour la fenêtre FIFA de juin. Une tutelle qui multiplie les courriers. Une fédération qui répond au ralenti. Le divorce est consommé.
Théoriquement, le ministère dispose de tous les leviers : agrément, subventions, contrôle administratif. Dans les faits, le dossier FEGAFOOT montre les limites de cette autorité. Chaque décision se négocie, se conteste, se contourne. Le résultat : une impression de pilotage à vue.
En suspendant les élections, le ministère a voulu marquer un coup d’arrêt. Régulariser les statuts, clarifier la gouvernance, remettre de l’ordre. Le délai de 60 jours laissait penser à une reprise en main. Mais au lieu d’ouvrir une phase de dialogue structuré, on est entré dans une série de bras de fer.
Preuve que rien n’était réglé : le ministère a dû relancer la FEGAFOOT sur l’organisation des matchs des Panthères. Transmettre en 48h l’état des démarches pour la fenêtre FIFA. Quand une tutelle en arrive à courir derrière sa fédération pour des questions opérationnelles de base, c’est que la chaîne de commandement ne fonctionne pas.
La réponse tient en un mot : autonomie. La FEGAFOOT est affiliée à la FIFA et à la CAF. Ce statut protège la fédération des ingérences directes de l’État dans la gestion sportive. Le ministère peut contrôler, sanctionner financièrement, auditer. Il ne peut pas décider à la place. Cette zone grise nourrit tous les malentendus.

Le vrai problème n’est pas juridique, il est méthodologique. À force d’intervenir dans l’urgence, de suspendre puis de négocier, le ministère donne l’image d’une institution qui éteint des incendies au lieu de prévenir. On gère la crise, on ne construit pas la politique.
Pendant que Libreville et la FEGAFOOT s’échangent des mises en demeure, le football attend. Structuration du championnat national, formation des jeunes, professionnalisation des clubs, centres de formation, préparation des Panthères. Ce sont ces dossiers qui décident de l’avenir, pas le nombre de courriers envoyés.
La question n’est plus qui commande ?. Elle est : qui a une vision et les moyens de la mettre en œuvre ? Le ministère doit définir la politique sportive nationale, fixer les objectifs, contrôler l’usage des deniers publics. La fédération doit gérer le ballon, organiser les compétitions, qualifier les sélections. Sans répartition claire, on tourne en rond.
Ce bras de fer a un coût. Il décourage les partenaires, il fragilise les clubs, il installe l’incertitude chez les joueurs. Et il envoie un mauvais signal à la FIFA : un pays où la tutelle et la fédération ne se parlent pas. À terme, c’est la crédibilité internationale du Gabon qui trinque.
Le ministère n’a pas besoin de tout contrôler pour être efficace. Il a besoin que les institutions qu’il supervise fonctionnent. Cela passe par un cadre clair : convention d’objectifs, suivi trimestriel, sanctions en cas de manquement, mais aussi dialogue permanent. Le football gabonais n’a pas besoin d’un vainqueur entre l’État et la FEGAFOOT. Il a besoin de résultats. Et pour l’instant, le seul perdant, c’est le ballon.
