PERMIS DIGITALISÉ : LE FREIN À MAIN TIRÉ EN PLEINE COURSE

0

C’est un coup de frein brutal et inattendu. Après six mois de déploiement vendu comme la révolution de la modernité, les opérations d’enrôlement pour le permis de conduire digitalisé sont suspendues depuis ce lundi 21 septembre 2026 sur tout le territoire. La machine qui devait simplifier la vie des Gabonais s’est enrayée.

L’annonce n’est pas venue du ministre lui-même. C’est le colonel Moussavou Mandoukou, Directeur Général des Transports Terrestres, qui a été chargé de lire le communiqué du ministre d’État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi. Une mise en scène militaire pour une décision administrative qui ressemble à un aveu d’échec. On parle officiellement de suspension temporaire, le temps pour l’administration de faire le bilan, d’évaluer le dispositif et d’apporter les ajustements nécessaires.

Traduction : le système ne fonctionne pas comme prévu. Lancé à grande pompe, le permis digitalisé a surtout généré des files d’attente interminables, des bugs informatiques, des retards d’impression et une colère sourde des usagers. En voulant aller trop vite vers la digitalisation, on a oublié l’essentiel : la capacité réelle de l’administration à absorber la demande.

Le chiffre qui trahit le malaise est là. Près de 6 993 permis déjà produits et disponibles croupissent en ce moment au Centre national d’édition et de délivrance des documents de transport. Près de 7 000 documents payés, imprimés, mais non distribués. Le ministère invite désormais leurs propriétaires à venir les retirer, comme si le problème était simplement que les Gabonais ne venaient pas chercher leur bien.

HeaderBanner

Pendant ce temps, des milliers d’autres dossiers sont dans les limbes. Des jeunes qui ont besoin de leur permis pour travailler comme chauffeurs ou livreurs, des pères de famille bloqués, des professionnels du transport dont l’activité dépend de ce bout de plastique. Pour eux, le discours officiel est d’un flou désarmant : une solution sera recherchée pour régulariser les situations concernées. Aucun calendrier, aucune procédure claire, juste une promesse.

Cette suspension pose une question de gouvernance. Pourquoi déployer un système national sans phase pilote solide et sans mécanisme d’évaluation continue ? On a digitalisé l’enrôlement, mais on n’a pas digitalisé la logistique derrière. Résultat : on crée un goulot d’étranglement au lieu de le résorber. C’est toute la chaîne de délivrance qui doit être repensée, pas seulement le logiciel d’enrôlement.

Le ministère d’État joue gros. Le permis digitalisé était censé être la vitrine du Gabon nouveau, moderne et efficace. Il est en train de devenir le symbole d’une modernisation précipitée et mal préparée. La pause était peut-être nécessaire, mais elle doit être courte et surtout transparente.

En attendant la reprise, dont personne ne connaît la date, 7 000 permis dorment dans un tiroir et des milliers de Gabonais attendent sur le trottoir.

Aimé Jordan PANGO 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.