GABON : LA COOPÉRATIVE LIOUKENE SONNE LA RÉVOLTE CONTRE LA VIE CHÈRE ET RAMÈNE LES GABONAIS À LA TERRE
C’est une petite coopérative qui porte un grand message. Née il y a à peine six mois, LIOUKENE ne veut pas seulement cultiver des champs, elle veut cultiver une mentalité. Pour sa première sortie officielle, elle n’a pas choisi les bureaux climatisés, mais le PK8, dans le 6e arrondissement de Libreville, là où la vie chère se ressent chaque jour dans le panier de la ménagère.
En offrant un repas gratuit à près de 400 personnes, LIOUKENE a fait plus qu’un geste social. Elle a lancé un manifeste. Sa philosophie tient en une phrase : « Plus on se rassemble, plus on travaille ». Dans un pays qui importe encore plus de 70% de ce qu’il consomme malgré des terres fertiles à perte de vue, le symbole est fort. On ne peut pas parler de souveraineté alimentaire en restant les bras croisés.
Le nom n’a pas été choisi au hasard. En langue Vili, LIOUKENE renvoie au village, à l’entente, à la cohésion, à l’amour et au partage. Des valeurs qui manquent cruellement à une agriculture gabonaise trop souvent individualiste et précaire. Ses fondateurs l’ont compris : sans solidarité, pas de production durable. La coopérative intervient sur quatre fronts stratégiques : l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’apiculture, avec déjà une ferme agroalimentaire du côté de Mayumba.

Mais l’ambition de LIOUKENE va au-delà de ses propres plantations. Elle veut créer une génération de producteurs. Banane, ananas, volailles, miel, poisson… l’objectif est de vulgariser des métiers que les jeunes ont désertés, pensant que la réussite ne se trouve qu’à Libreville, dans un bureau. « On ne doit pas seulement donner à manger à la population, mais on doit sensibiliser les gens à repartir à la terre », martèle l’un de ses responsables. C’est le cœur du projet.

Et le message commence à passer. Présent à cette journée, le chef de quartier du PK8, Sylvain Mussiamba, a salué une « œuvre de générosité » et appelé la jeunesse gabonaise à s’intéresser enfin à la terre. Partie avec une vingtaine de membres, la coopérative a enregistré une dizaine de nouvelles adhésions en une seule journée au PK8. La preuve qu’il y a une soif de retour aux sources.
Car LIOUKENE ne veut pas être une coopérative de plus. Avec des moyens encore modestes, soutenue par des partenaires comme « Les Merveilleux de Daniel et David » et « Nouvelle Vision », elle se veut apolitique et ouverte à tous. « Tous les bords sont les bienvenus. Ensemble, avançons », insistent ses dirigeants. Une démarche qui tranche dans un secteur souvent miné par les clivages.
Cette opération du PK8 n’est que le début. La coopérative annonce déjà une tournée dans tout le Grand Libreville, de quartier en carrefour, et jusque dans les villages. Il ne s’agit pas de faire de l’assistanat, mais d’aller au contact, de montrer qu’on peut vivre de la terre, de partager des techniques, de susciter des vocations.
Le constat est implacable : le Gabon a une jeunesse prête à travailler la terre, mais elle manque de tout, formation, semences, matériel, financement. C’est là que LIOUKENE interpelle directement les pouvoirs publics. Le président de la coopérative salue les efforts déjà engagés par l’État, mais il est clair : il faut accélérer.
Son appel est direct au Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema : « Nous invitons le gouvernement à accorder une attention particulière au secteur agricole. Aujourd’hui, il y a des jeunes Gabonais volontaires, formés et capables de produire. Donnez-nous les moyens et nous allons produire. » Le message est lancé. À l’heure où la lutte contre la vie chère est une priorité nationale, LIOUKENE rappelle une évidence : on ne décrète pas l’autosuffisance alimentaire, on la cultive.
Roselyne Geneviève BEKALE
