INTELLIGENCE ARTIFICIELLE AU GABON : QUAND LE PNUD OFFRE AUX STARTUPS GABONAISES LES ARMES POUR CONQUÉRIR LE MONDE
Loin des discours officiels de la Cité de la Démocratie, c’est dans la discrétion feutrée du siège du PNUD Gabon que s’est jouée ce matin l’étape la plus concrète de la future Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle. Une rencontre bilatérale décisive entre les experts internationaux du Hub IA du PNUD et le cœur battant de l’innovation gabonaise : ses startups.
Autour de la table, tout l’écosystème entrepreneurial du pays intéressé par l’IA. Des jeunes pousses qui développent leurs propres algorithmes aux entreprises plus établies qui utilisent déjà l’intelligence artificielle pour optimiser leurs solutions au quotidien. Pour la première fois, tous les talents du pays étaient dans la même salle, face à leurs futurs partenaires.
Pour le Ministère de l’Économie Numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, l’objectif était clair et assumé par son conseiller technique, YANGARI. Il ne s’agit plus de supposer, mais de mesurer. Comprendre avec précision le niveau de maturité de chaque entreprise, identifier dans quel domaine exactement elles opèrent et quels sont leurs blocages réels.
Car le constat est sans appel : les idées ne manquent pas au Gabon, mais les moyens pour les concrétiser font défaut. Le ministère et le PNUD veulent donc accompagner ces entreprises pour les faire passer à un niveau de maturité supérieur, que ce soit en termes de compétences pures, de structuration ou de résilience.
Deux obstacles majeurs ont été identifiés comme prioritaires. Le premier, c’est la cybersécurité. Le second, et c’est le plus crucial, c’est l’accès à la puissance de calcul. Comment entraîner un modèle d’IA sophistiqué quand on n’a pas de serveurs assez puissants ? Cette problématique, qui freine l’innovation dans tout le continent, est au centre du dispositif.
Pour y répondre de manière transparente, le processus a été balisé. Une grande manifestation d’intérêt a été lancée à l’endroit de toutes les startups, sociétés et entrepreneurs intéressés. Les candidats se sont inscrits directement auprès du PNUD via son entité dédiée, le Hub Intelligence Artificielle.
La phase de candidature est désormais close et laisse place à une phase de sélection rigoureuse. Seuls les projets les plus prometteurs et les plus structurés intégreront les programmes d’accompagnement. Une démarche méritocratique qui vise à créer de véritables champions nationaux.
Et l’accompagnement promis n’a rien d’anecdotique. Ce sont quatre programmes complets qui ont été dévoilés, conçus pour permettre à ces startups de se développer, de se déployer sur le marché national et, à terme, de viser l’international. Un véritable accélérateur de croissance.
Ces programmes offrent un accès privilégié à des infrastructures de pointe grâce à des partenariats mondiaux avec les géants du cloud comme Amazon Web Services et Microsoft Azure. Du jamais-vu pour des jeunes entreprises gabonaises qui pourront désormais entraîner leurs modèles sur les mêmes serveurs que la Silicon Valley.

Mais la matinée a pris une tournure historique avec l’intervention de Sausty Clay EKANG MEZUI MBANGOUET, du comité scientifique gabonais de recherche sur l’IA. Son équipe est en train de donner naissance à une prouesse : la première IA gabonaise qui parle le Fang, baptisée Obonuya.
Obonuya n’est pas une simple curiosité technologique, c’est un acte de souveraineté. L’objectif, explique le chercheur, n’est pas seulement de créer une IA qui parle Fang. L’ambition est de créer une IA gabonaise qui parle toutes nos langues vernaculaires. Le Fang a été choisi comme porte d’entrée stratégique car il est parlé dans la majorité de la sous-région d’Afrique centrale.
Ce choix ouvre des perspectives immenses : la possibilité de récolter des données au-delà des frontières et de déployer ensuite cette IA à l’échelle sous-régionale. Le Gabon pourrait devenir le pionnier de l’IA en langues africaines.
Au-delà de la technologie, Obonuya est pensée comme un outil d’utilité publique. Elle est destinée à aider nos administrations à être plus proches des citoyens, à préserver nos langues locales menacées grâce à des modules de cours interactifs, et surtout à aider nos enfants qui, happés par le numérique, perdent la compétence de leurs langues maternelles.
Pour Stéphane ZENG, Directeur du Centre Gabonais d’Innovation, cette session s’inscrit parfaitement dans le grand séminaire national lancé depuis lundi pour construire la Stratégie Nationale d’IA. Le Centre, responsable de l’incubation et de l’accélération des entreprises innovantes, voit dans cette initiative du PNUD une brique essentielle.
ZENG a détaillé les deux piliers de l’offre. D’abord, un programme validé par le G7 qui facilite l’accès à la puissance de calcul, au cloud et au data center. Sans infrastructure, rappelle-t-il, on ne fait rien. Ensuite, un programme crucial sur la cybersécurité, basé sur le principe du « security by design », pour apprendre aux innovateurs à intégrer la sécurité dès la conception de leurs applications et éviter que la digitalisation du pays ne le rende vulnérable aux cyberattaques.
Au final, les gains de cette journée sont immenses et se déclinent en quatre points. Premièrement, un écosystème qui se parle et se renforce enfin, brisant l’isolement des talents. Deuxièmement, l’arrivée de la puissance de frappe du PNUD qui apporte une valeur ajoutée incomparable aux initiatives locales.
Troisièmement, c’est la concrétisation de la vaste entreprise de digitalisation de la gouvernance annoncée par l’État gabonais, où le numérique doit devenir un moteur de développement, d’optimisation de l’administration, de croissance et de création d’emplois. Et quatrièmement, un accompagnement sur la gouvernance et le cycle de vie des entreprises, pour apprendre aux entrepreneurs à se structurer et à ne pas brûler les étapes. Étape par étape, le Gabon est en train de fabriquer ses futurs champions de l’IA.
Aimé Jordan PANGO
