CARBURANTS : LE GABON PRODUIT DU PÉTROLE, MAIS PEUT-IL ENCORE TOMBER EN PANNE SÈCHE ?

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Une station-service à sec à Libreville, ce n’est pas un simple désagrément. C’est toute une chaîne économique qui se grippe en quelques heures. Le taxi qui ne sort pas, l’employé qui arrive en retard, le commerçant qui ne peut plus livrer, le pêcheur qui reste à quai et, au bout de la chaîne, la ménagère qui paie plus cher son panier. La tension observée début octobre 2026 dans le Grand Libreville nous l’a rappelé brutalement : le carburant n’est pas un produit comme les autres, c’est le sang de l’économie.

Face à cette alerte, les autorités ont réagi vite. Mobilisation des stocks de sécurité, accélération d’une cargaison en mer, retour progressif à la normale. La crise a été gérée. Mais la gérer ne suffit plus. La vraie question n’est pas de savoir comment on a éteint l’incendie, mais comment on évite que le feu ne reprenne. Car le paradoxe gabonais est là : pays producteur de pétrole, mais dépendant à 100% des importations de produits raffinés pour faire rouler ses propres voitures.

C’est tout le problème. Tant que le Gabon importera son essence et son gasoil, il restera vulnérable aux aléas internationaux, aux retards de navires, aux pannes de raffinerie et à la moindre tension logistique. On ne peut plus se contenter de commander un bateau quand la jauge est dans le rouge. Il faut passer d’une logique de pompier à une véritable doctrine de sécurité énergétique. C’est un choix de souveraineté.

Cette doctrine repose sur trois piliers urgents. Le premier, c’est le stock stratégique. Aucun pays sérieux ne navigue à vue. Il faut fixer par décret un seuil incompressible de 30 jours de consommation pour l’essence et le gasoil, avec un système d’alerte automatique qui déclenche la commande bien avant la rupture. Le deuxième pilier, c’est SOGARA. On ne peut pas parler de souveraineté sans raffinage, sans stockage et sans transport fiables. Le nouveau dépôt pétrolier d’Owendo et les investissements annoncés doivent être intégrés dans une seule et même chaîne stratégique, performante et mesurée par des contrats d’objectifs.

Le troisième pilier est le plus simple et le plus révolutionnaire : une tour de contrôle. L’État doit savoir, chaque matin à 8 heures, combien de litres il reste à Libreville, à Port-Gentil, à Franceville, combien de litres sont en mer, quand arrive la prochaine cargaison et quels sont les besoins des 15 prochains jours. Sans tableau de bord quotidien de l’aval pétrolier, on pilote à l’aveugle. Avec, on anticipe.

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Mais il faut dire la vérité aux Gabonais : le carburant, c’est aussi une affaire de pouvoir d’achat. Quand la pompe s’assèche, ce n’est pas seulement l’automobiliste qui souffre, c’est toute la lutte contre la vie chère qui recule. Le prix du transport augmente, celui du poisson, du manioc, du pain suit. Le carburant est un prix transversal, il s’infiltre partout. Sécuriser l’approvisionnement, c’est donc directement protéger le porte-monnaie des ménages.

Or, protéger les ménages a un prix pour l’État, et il est colossal. Pour maintenir un prix supportable à la pompe, l’État compense la différence entre le coût réel d’importation et le prix payé par le consommateur. La loi de finances 2026 elle-même le reconnaît : la subvention aux produits pétroliers est une dépense protégée, non mise en réserve. C’est un choix social assumé, mais qui coûte des dizaines de milliards chaque année à la collectivité.

Et c’est là que le débat devient budgétaire. Chaque franc CFA dépensé pour compenser une inefficacité logistique, un stockage insuffisant ou un raffinage à l’arrêt, est un franc qui ne va pas dans une salle de classe, un lit d’hôpital ou un kilomètre de route. On ne peut pas indéfiniment payer le prix de nos propres failles. La vraie économie, ce n’est pas de supprimer la subvention, c’est de réduire son coût en investissant là où ça fait mal : dans le stockage, dans la logistique, dans le raffinage.

Le Gabon doit donc se fixer une nouvelle feuille de route claire et mesurable. Quatre objectifs : 30 jours minimum de stocks de sécurité, un tableau de bord quotidien de l’aval pétrolier publié au plus haut sommet de l’État, un plan de continuité d’approvisionnement pour les neuf provinces afin que l’intérieur du pays ne soit plus le parent pauvre, et un contrat de performance pluriannuel imposé aux opérateurs du raffinage et du stockage.

Enfin, il faut de la transparence. Les Gabonais ont le droit de savoir combien leur coûte réellement la protection du prix à la pompe. Le gouvernement doit publier chaque année le coût complet : subventions directes, exonérations fiscales, coûts logistiques d’urgence, investissements publics. C’est le prix de la confiance.

La pénurie d’octobre 2026 ne doit pas être oubliée. Elle doit être la dernière alerte avant la réforme. Produire du pétrole est une richesse naturelle. Garantir que chaque Gabonais puisse en bénéficier tous les jours, sans rupture et à un prix soutenable, c’est cela, la vraie souveraineté.

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