Football gabonais : la critique oui, le procès d’intention non

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Lors de la récente audition devant la Commission des Finances, du Budget et de la Comptabilité publique, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2027, des propos très durs ont été tenus à l’égard de la FEGAFOOT. Critiquer la gouvernance du football est légitime, et même nécessaire. Mais critiquer n’est pas condamner d’avance. Quelques mises au point s’imposent, pour que le débat sur notre sport roi repose sur des faits, sur une vraie connaissance de la gouvernance sportive et sur la volonté sincère de faire avancer le football gabonais.

 

Le football obéit à des règles, à des mécanismes institutionnels et à des standards internationaux. On ne peut pas le juger à l’aune de ses seules passions ou de ses opinions personnelles. Il demande de la rigueur, de la mesure, et surtout de connaître ses réalités.

 

Des accusations graves, des preuves nécessaires

 

Parler de dérives financières, de détournement des fonds destinés au football des jeunes et au football féminin, ou affirmer que cet argent servirait à bâtir des « châteaux », c’est porter une accusation lourde. Elle exige des preuves précises et vérifiables. La transparence est indispensable, mais la parole publique engage aussi celui qui la prend.

 

Les compétitions féminines organisées à Tchibanga, celles des jeunes à Lambaréné et à Oyem ne sont pas non plus de simples coups de communication à l’adresse de la FIFA ou de la CAF. Elles rapprochent la pratique sportive des territoires, aident à détecter les talents et font avancer le football féminin. Le développement ne se mesure pas aux seuls résultats immédiats : il passe aussi par la formation, les infrastructures, l’encadrement technique et la structuration des compétitions.

 

Une défaite n’est pas un verdict

 

Les revers de nos sélections de jeunes sont préoccupants, et ils méritent une analyse sérieuse comme des réponses de fond. Mais une contre-performance ne prouve pas, à elle seule, une mauvaise gestion. La formation est un travail de longue haleine : elle réclame des investissements constants, des infrastructures adaptées, des encadreurs qualifiés et une politique de détection cohérente. Cherchons donc les vraies causes de nos difficultés au lieu de faire de chaque défaite un argument pour tout condamner.

 

Les compatriotes qui investissent de leur poche dans la formation des jeunes, qui ouvrent leurs infrastructures ou qui font vivre le football féminin méritent notre considération. Leurs initiatives sont une richesse pour notre football. Elles ne peuvent toutefois pas tenir lieu de politique nationale. La FEGAFOOT n’est pas une caisse de redistribution, et elle n’a pas vocation à financer sans distinction toutes les initiatives individuelles. Sa mission est de coordonner, structurer, réglementer et développer le football national, et l’accompagnement des acteurs doit reposer sur des critères objectifs et transparents.

 

Les vieux démons de la division : une cabale qui ne dit pas son nom ?

 

Il serait naïf de ne pas voir ressurgir les vieux démons qui ont si longtemps fragilisé notre environnement footballistique. Certains voudraient réduire la gouvernance fédérale à ses seules failles, en passant volontairement sous silence le travail du bureau sortant, conduit par le Président Pierre Alain MOUNGUENGUI.

 

Or celui-ci s’est beaucoup investi pour le rayonnement, la structuration et la reconstruction du football gabonais dans son ensemble : des compétitions nationales organisées chaque année, un accompagnement des sélections, la promotion du football féminin, un effort accru sur la formation. Tout n’a pas été parfait, certes. Mais reconnaître des insuffisances ne veut pas dire nier les acquis, et encore moins nourrir une cabale pour discréditer toute une équipe dirigeante. Quant à la comparaison avec Cronos, ce personnage mythologique qui dévorait ses propres enfants pour garder le pouvoir, elle tient plus de la caricature que de l’argument.

 

Les institutions sportives se gouvernent avec des textes, des règles et des mécanismes de responsabilité, pas avec des procès d’intention.

 

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Autonomie fédérale et rôle de l’État : clarifions les choses

 

Que l’État finance le sport ne lui donne pas, de fait, un droit de regard sur la gouvernance interne des fédérations. La FEGAFOOT évolue dans un cadre fixé par ses statuts et par les règlements de la FIFA et de la CAF. L’État définit sa politique sportive, mobilise les ressources publiques et veille à leur bon usage. La Fédération, elle, gère et développe le football dans le respect de ses obligations réglementaires. Ces deux rôles sont distincts mais complémentaires, et ils appellent dialogue, concertation et collaboration.

 

L’autonomie fédérale n’est pas un privilège offert aux dirigeants. C’est un principe fondamental du sport international, qui doit aller de pair avec la transparence et l’obligation de rendre des comptes.

 

Suggérer la dissolution du Comité exécutif de la FEGAFOOT en estimant que le Gabon n’aurait rien à perdre, même face à une sanction de la FIFA, est un pari bien risqué. Une suspension ne frapperait pas que les dirigeants : les clubs, les sélections, les jeunes joueurs et joueuses, les arbitres, les éducateurs, tout l’écosystème du football en paierait le prix. Quant à l’exemple du Maroc, pays frère, il mérite d’être étudié sérieusement, avec son contexte institutionnel, ses investissements et son cadre réglementaire. Notre football a besoin de solutions adaptées à ses réalités, pas de décisions hâtives appuyées sur des comparaisons partielles.

 

À l’heure de la 5e République, mettons nos intelligences et nos énergies en commun

 

Le Gabon est entré dans une nouvelle dynamique institutionnelle, portée par la 5e République et incarnée par le Président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA. Il lui revient aussi de repenser son approche du développement sportif. Le football gabonais ne peut plus rester prisonnier des antagonismes, des querelles de personnes et des ambitions individuelles.

 

Il faut réunir toutes les expertises et toutes les bonnes volontés : anciens dirigeants, responsables actuels, techniciens, formateurs, éducateurs, investisseurs privés, clubs, pouvoirs publics. Ces compétences doivent servir une ambition collective : faire du Gabon une vraie nation de football, capable de se mesurer durablement aux meilleurs du continent. Personnaliser le débat, chercher des boucs émissaires ou affaiblir une équipe dirigeante au nom d’intérêts égoïstes ne bâtira ni académies performantes, ni infrastructures modernes, ni sélections compétitives.

 

La critique oui, le procès d’intention non

 

Le droit de critiquer est légitime, la transparence indispensable, le devoir de rendre compte incontournable. Le bureau sortant peut donc être questionné sur son bilan, comme n’importe quelle équipe dirigeante, et il doit pouvoir y répondre. Mais une critique n’a de valeur que si elle est documentée et porteuse de propositions. Elle perd toute crédibilité quand elle s’appuie sur des accusations sans fondement ou sur une lecture volontairement sélective de l’action menée.

 

Il est temps d’arrêter de chercher des coupables en permanence et de construire des solutions. Notre football n’a pas besoin de nouveaux fossoyeurs de l’unité. Il lui faut des bâtisseurs, des compétences, des visionnaires et des patriotes capables de placer l’intérêt supérieur du sport national au-dessus de leurs ambitions personnelles. Le football gabonais est un patrimoine commun, et sa reconstruction ne sera l’œuvre d’aucun homme seul, mais d’une volonté partagée.

 

Disons-le simplement : débattons, questionnons, exigeons des comptes, mais sans jamais confondre la critique avec le procès d’intention. C’est à cette responsabilité historique que nous devons maintenant répondre.

Par MBOUTSOU/CCPMBDE

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