Affaire Tounda Youbi : le RENAJI crie à la détention politique et met la justice gabonaise au pied du mur
Libreville, lundi 8 juin 2026. Au siège provisoire du RENAJI à Cosmopark, l’ambiance n’est pas à la diplomatie. Le Réseau National des Journalistes Indépendants dénonce une détention « incompréhensible » et exige la libération immédiate de son membre, Médard Tounda Youbi, enfermé à la prison centrale depuis le 23 avril. Pour l’organisation, le dossier sent le règlement de comptes plus que la justice. Et le message est direct : si l’État ne clarifie pas, la crédibilité des institutions en prendra un coup.

Médard Tounda Youbi s’était présenté de lui-même devant le juge d’instruction. Un acte qui, dans une procédure normale, pèse en faveur d’une libération provisoire. Le juge l’avait d’ailleurs actée.
Sauf que quelques minutes plus tard, tout a basculé. Sans explication publique, la décision a été annulée. Le journaliste est resté en détention.
Pour le RENAJI, ce revirement brutal n’a rien de technique. « Circumstances préoccupantes », dit Aimé Serge Boulingui, président de l’organisation. Traduction : on soupçonne une main extérieure qui aurait forcé la main de la justice. Si c’est vrai, c’est l’indépendance du juge d’instruction qui vacille.
Au départ, les faits évoqués étaient la diffamation, le chantage et l’extorsion de fonds. Depuis, le dossier aurait été requalifié.
Le RENAJI y voit une surenchère juridique qui ne fait que renforcer le caractère disproportionné du maintien en détention préventive. Un journaliste en prison depuis près de deux mois pour une affaire de presse, sans jugement au fond, ça ressemble à une peine avant procès. Et ça heurte la présomption d’innocence.
Le contexte ne plaide pas pour la neutralité. Médard Tounda Youbi a été directeur de campagne de l’actuelle ministre de l’Entrepreneuriat, Zenaba Gninga Chaning, lors de la présidentielle de 2025.
Pour le RENAJI, le différend a glissé du terrain professionnel au terrain personnel. Et si la justice sert à régler des comptes politiques ou privés, alors la liberté de la presse devient une variable d’ajustement. C’est exactement ce que redoute la profession depuis plusieurs mois, après une série d’incidents impliquant des journalistes au Gabon.
L’organisation ne joue pas l’escalade pour l’escalade. Elle réaffirme son attachement à la loi. Mais elle pose trois exigences immédiates :
Transparence : expliquer publiquement pourquoi la libération provisoire a été annulée;
Respect des droits : garantir les droits de la défense et la présomption d’innocence;

Libération : mise en liberté immédiate, ou à défaut, provisoire le temps de l’instruction.
Le RENAJI interpelle directement le Président de la République. Pas pour court-circuiter la justice, mais pour rappeler que la crédibilité des institutions se joue aussi sur ce genre de dossier. Un État qui laisse planer le doute sur l’indépendance de ses juges perd plus que sur le plan judiciaire. Il perd sur le plan politique.
Si le RENAJI monte au créneau, c’est parce que le signal envoyé aux rédactions est clair : critiquer, enquêter, déplaire, peut valoir une case prison.
Or, une presse libre n’est pas un luxe démocratique. C’est un garde-fou contre les abus, un outil de transparence, un élément de stabilité. Chaque fois qu’un journaliste reste en détention préventive sans motif clair, c’est l’auto-censure qui gagne du terrain. Et quand l’auto-censure s’installe, l’information publique devient du bruit.
Le RENAJI l’a dit : il reste mobilisé et se réserve le droit d’engager toute action légale pour défendre son membre et la liberté de la presse.
En clair, l’affaire ne restera pas confinée aux murs de la prison centrale. Elle ira devant l’opinion, devant les juridictions, et probablement devant les partenaires internationaux du Gabon qui observent la situation des droits humains.
L’affaire Médard Tounda Youbi n’est pas qu’un fait divers judiciaire. C’est un test.
Test pour la justice gabonaise : saura-t-elle justifier ses actes sans prêter le flanc à l’accusation d’ingérence ?
Test pour l’exécutif : protégera-t-il l’espace civique ou laissera-t-il s’installer le soupçon d’une justice instrumentalisée ?
Test pour la profession : acceptera-t-elle de reculer ou fera-t-elle bloc ?
À ce stade, le silence des autorités est le pire argument de la défense. Si le dossier est solide, qu’on l’explique. S’il ne l’est pas, qu’on libère le journaliste.
Parce qu’en démocratie, une détention « incompréhensible » devient très vite une détention illégitime.
Source : RENAJI
