Panthères en stand-by : la FEGAFOOT dit non à l’improvisation, Kessany monte au créneau
La fenêtre FIFA de juin 2026 devait être une routine sportive. Elle vire au bras de fer institutionnel. Le ministère des Sports, conduit par Paul Ulrich Kessany, pousse pour voir les Panthères sur la pelouse, même sans sélectionneur nommé. En face, la FEGAFOOT refuse de céder. La fédération dit non à une participation bâclée et revendique le droit de ne pas jeter l’équipe nationale dans l’improvisation. La ligne de fracture est nette.
Le courrier du 7 mai 2026 met les choses au clair. Le ministre répond à la note du 6 mai où la fédération expliquait qu’aucune disposition n’avait été prise faute de staff technique désigné. Kessany balaie l’argument : “Aucune inaction ne saurait être admise”. Il va plus loin en évoquant une “abstention volontaire” qui nuirait à l’image et à la crédibilité du pays. Le ton est sec, juridique, politique. Il transforme une question technique en affaire d’État.
Le gouvernement passe à l’offensive administrative. Un délai de 48 heures est imposé à la FEGAFOOT pour rendre compte des démarches engagées. Pour plusieurs observateurs, c’est une tentative d’intimidation institutionnelle. Une fédération ne se pilote pas par injonction express. Préparer une sélection, convoquer des joueurs, organiser des vols, caler un staff, ça ne se décrète pas en deux jours. La fédération le sait, et refuse de signer un chèque en blanc sur l’organisation.
La FEGAFOOT tient sa ligne. Pas d’encadrement stable, pas de vision sportive cohérente, pas de match. L’idée est simple : éviter un fiasco qui ferait rire la scène continentale et coûterait cher en crédibilité. Le Gabon a déjà payé le prix d’équipes lancées à l’arrache, sans projet, sans préparation. La fédération veut couper avec cette habitude. Elle joue la cohérence technique contre l’urgence politique.

Derrière l’insistance du ministère, une question circule dans les stades et les salons sportifs : pourquoi jouer à tout prix en juin ? L’argument officiel tient en deux mots : image du pays, obligations internationales. Mais la réalité a une odeur de budget. Une fenêtre FIFA, c’est des primes, des billets d’avion, de l’hôtellerie, des frais de logistique, des frais de stage. Des lignes de dépense qui s’ouvrent vite et se ferment encore plus vite. Le timing arrange ceux qui pilotent ces enveloppes.
La FEGAFOOT semble avoir compris le signal. Elle refuse d’engager des fonds publics et des joueurs dans des conditions précaires et non maîtrisées. C’est un choix de gestion qui protège l’équipe nationale du ridicule et le contribuable d’une dépense mal contrôlée. Refuser de jouer maintenant, c’est accepter de perdre une date FIFA. Mais c’est aussi éviter de perdre la face et l’argent en même temps.
Le bras de fer révèle une fracture plus large entre administration sportive et instance fédérale. D’un côté, un ministère qui multiplie les injonctions et les rappels à l’ordre. De l’autre, une fédération qui tente de tenir une ligne technique dans un contexte déjà instable, entre agréments à régulariser et élection à organiser avant décembre 2026. FIFA et CAF regardent. Un dérapage, et le scénario du comité de normalisation revient sur la table.
Au final, la FEGAFOOT adresse un message net : les Panthères ne sont pas une variable d’ajustement politique ni un terrain d’expérimentation financière. Le football gabonais a besoin d’un projet, pas de décisions prises sous pression. Si le ministère veut voir le drapeau national en juin, qu’il sécurise d’abord le staff, le budget et l’organisation. Sinon, l’image du pays qu’il dit défendre prendra un coup plus violent sur le terrain qu’elle n’en prendrait dans une note diplomatique.
Aimé Jordan PANGO
