Bikélé-Nzong : l’État troque les loyers perdus contre des murs qui restent
C’est acté : l’argent que l’État verse chaque mois pour loger ses agents va arrêter de fondre sans laisser de trace. Le programme national de Bikélé-Nzong vient d’être lancé et il change la règle. Fini la prime qui paie le loyer d’un autre. Place à la prime qui construit ta maison.
3 100 logements sortent de terre à Bikélé-Nzong. Lambaréné, Makokou, Franceville suivent avec 50 unités chacune. Le mécanisme est simple et brutal d’efficacité : zéro prélèvement pendant la construction. Tu touches ta prime comme avant. Le jour de la remise des clés, cette même prime devient ta mensualité. Même effort, résultat différent. Au lieu de payer à fonds perdus, tu capitalises. Au lieu de rendre un appartement, tu transmets un bien. Aujourd’hui, l’État injecte près de 10 milliards FCFA par mois en primes de logement. 120 milliards par an.
Le programme n’est pas réservé aux seuls fonctionnaires. Les salariés du privé et les particuliers peuvent aussi postuler. Condition : déposer un dossier au ministère du Logement avec NIP, situation pro, type de logement souhaité. Et prévoir une caution de 3 millions FCFA, avec appui bancaire possible. L’État ouvre le jeu. Il ne construit pas pour un corps, il construit pour un pays. C’est ça qui donne du poids au projet : il crée un marché, pas seulement une cité.
L’idée séduit sur le papier. Le Gabonais moyen a déjà vu passer des promesses de logements. Ce qui fera la différence ici, c’est trois choses :
1. Délais tenus : livrer avant que l’enthousiasme ne retombe.

2. Qualité : des maisons qui résistent à la pluie, à l’humidité, au temps. Pas des coquilles qui se fissurent en deux saisons.
3. Transparence : liste des bénéficiaires claire, attribution sans passe-droit, suivi financier lisible.
Si ces trois cases sont cochées, la méfiance se transforme en adhésion.
Réorienter 120 milliards annuels vers du patrimoine, c’est de la gestion intelligente. Au lieu de subventionner le loyer, on crée de la valeur. Chaque maison devient un actif pour une famille, un point de stabilité pour un quartier, une base fiscale pour une commune. À terme, moins de pression sur l’État, plus d’autonomie pour les ménages. C’est exactement ce qu’on appelle une politique sociale qui ne crée pas de dépendance.
Bikélé-Nzong sera jugé sur ses murs, pas sur ses discours. Si les clés sont remises à temps et que les maisons tiennent la route, alors le Gabonais comprendra que l’État peut bâtir autrement. Un toit à soi, sans s’endetter à vie. C’est ça, transformer une prime en héritage.
Aimé Jordan PANGO
