Cannes 2026 : le Gabon remonte les marches avec Ben’Imana et l’ambition de redevenir un acteur du cinéma africain
Le 78e Festival de Cannes n’est pas juste une photo de tapis rouge pour le Gabon. Avec Ben’Imana, co-produit par Samantha Biffot, le pays décroche une sélection officielle qui valide des années de travail en coulisses. Et avec l’Institut Gabonais de l’Image et du Son présent au marché du film, Libreville envoie un signal clair : le cinéma doit redevenir un secteur qui compte, culturellement et économiquement.
La sélection officielle n’arrive pas par hasard. Elle récompense un projet porté par des Gabonais, avec une co-production locale assumée. Pour Samantha Biffot, c’est la confirmation que le cinéma gabonais peut tenir la comparaison en qualité d’écriture, de mise en scène et de production. Pour le public, c’est la preuve que des histoires d’ici peuvent parler au monde sans se trahir.
Le Gabon a déjà connu des moments de gloire à Cannes. L’enjeu aujourd’hui est de transformer l’éclat ponctuel en dynamique durable. Une sélection, ça ouvre des portes : distributeurs, festivals, plateformes, co-producteurs. Mais ça ne suffit pas. Il faut enchaîner avec une stratégie de distribution, de vente à l’international et de retour d’investissement pour que le prochain film parte d’une base plus solide.
La présence de l’Institut Gabonais de l’Image et du Son au Marché du Film de Cannes change la nature du déplacement. On ne vient pas faire de la figuration institutionnelle. On vient pitcher des projets, négocier des coproductions, comprendre les grilles de programmation, rencontrer des fonds. Le marché du film, c’est l’endroit où les films cessent d’être de l’art pour devenir aussi des produits culturels qui circulent.
Un tournage qui se passe au Gabon, c’est des techniciens locaux payés, des prestataires mobilisés, de l’hébergement, du transport, de la restauration. C’est de la formation sur le tas. C’est une économie de services qui se structure autour de la création. Si l’État et le privé alignent les incitations fiscales, les fonds de soutien et les garanties, le secteur peut absorber des jeunes formés et retenir les talents.
Dans les années 70 et 80, Libreville comptait dans le paysage du cinéma africain. Aujourd’hui, le continent a changé d’échelle avec le Nigeria, le Sénégal, le Maroc, l’Afrique du Sud. Reprendre une place de choix ne passe pas par la nostalgie. Ça passe par des studios fonctionnels, des écoles de cinéma connectées à l’industrie, et des producteurs capables de boucler des plans de financement à l’international.

Quand _Ben’Imana_ défile à Cannes, c’est un signal pour les jeunes qui hésitent entre partir étudier ailleurs et tenter l’aventure ici. Ça dit : on peut le faire depuis Libreville, avec des partenaires locaux, et aller loin. La symbolique compte parce qu’elle déplace la norme de ce qui semble possible.
La sélection attire l’attention. La suite dépend de trois choses : la stratégie de distribution du film, la capacité à lever des financements pour les projets suivants, et la cohérence des politiques publiques sur le fonds de soutien, la formation et la fiscalité. Sans ce triptyque, l’effet Cannes s’évapore en trois mois.
Le cinéma n’est pas un luxe. C’est un secteur d’exportation immatérielle. Un film qui marche à l’international rapporte en devises, en image-pays, en opportunités pour les techniciens et les comédiens. Le Gabon a l’avantage d’une diversité de paysages et d’histoires encore peu racontées. Il faut transformer cet avantage en catalogue exportable.
Produire coûte cher, les délais sont longs, les retours sont incertains. Mais ne rien faire coûte plus cher à long terme : fuite des talents, dépendance aux contenus importés, affaiblissement de l’identité culturelle. _Ben’Imana_ montre qu’il existe une voie médiane : produire avec exigence, s’appuyer sur des partenaires sérieux, et viser les marchés où le film peut vivre.
La montée des marches fait l’image. Ce qui fera l’histoire, c’est ce qui se négocie dans les salles du marché, ce qui se signe au retour, et ce qui se met en chantier dans les six mois qui suivent. Si le Gabon transforme cette fenêtre en pipeline de projets, la page qui s’écrit aujourd’hui ne restera pas isolée. Elle deviendra le début d’un chapitre.
Aimé Jordan PANGO
