GABON : L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE CESSE D’ÊTRE UN RÊVE LOINTAIN, LE GABON VEUT FABRIQUER LA SIENNE

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Libreville – Actualite 241- C’est un tournant historique qui se joue à la Cité de la Démocratie. Ce lundi 28 septembre 2026, le Gabon a officiellement cessé de subir la révolution de l’intelligence artificielle pour décider de la piloter. En lançant les travaux d’élaboration de sa future Stratégie nationale d’IA, avec l’appui méthodologique du PNUD, le pays envoie un signal fort : le temps du simple consommateur de technologies étrangères est révolu.

L’événement, présidé par la Secrétaire Générale du Ministère de l’Économie Numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Aline Sylvie MINKO-MI-ETOUA, au nom du ministre, n’est pas un séminaire de plus. Prévus sur trois jours, du 28 au 30 septembre, ces travaux participatifs réunissent pour la première fois autour de la même table tout l’écosystème national : administrations, régulateurs, opérateurs télécoms, universités, secteur privé, société civile et startups. L’objectif est de dresser un diagnostic franc, sans tabou.

Et le diagnostic est au cœur de la démarche. Il ne s’agit pas de copier-coller un modèle européen ou asiatique. Il s’agit d’interroger les réalités gabonaises. De quoi le Gabon a-t-il besoin ? De quels talents dispose-t-il ? Où sont ses données ? Ses infrastructures sont-elles prêtes ? Comment protéger ses citoyens tout en innovant ? Les ateliers aborderont frontalement les six piliers critiques : compétences et formation, données, infrastructures numériques, gouvernance, sécurité et éthique.

Cette approche a un nom : AILA. C’est la méthodologie éprouvée du PNUD pour accompagner les pays à analyser de manière structurée et participative leurs capacités en IA. Comme l’a rappelé Soahangy MAMISOA RANGERS, Représentante résidente adjointe du PNUD Gabon, le PNUD n’est pas venu imposer une stratégie, il est venu à la demande du gouvernement gabonais pour mettre à disposition une expertise et un espace de dialogue. La stratégie restera gabonaise.

Le message du gouvernement, porté avec force par Aline Sylvie MINKO-MI-ETOUA, est d’une clarté absolue et il doit résonner au-delà de Libreville. Depuis 2025, sous l’impulsion du Président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, le Gabon a engagé une transformation numérique en trois temps : d’abord poser les fondations juridiques et institutionnelles, ensuite attaquer les infrastructures, et aujourd’hui, digitaliser l’administration et renforcer le capital humain. L’IA n’est pas un gadget de plus.

C’est la valeur ajoutée qui doit décupler tout ce qui a déjà été construit. La question n’est plus de savoir si le Gabon doit faire de l’IA. La question, et c’est la phrase la plus politique de la journée, est : à quelle vitesse, de quelle manière et dans quelles conditions le Gabon va-t-il passer de consommateur à acteur ? Comment bâtir une IA qui respecte sa diversité, sa culture, son essence et son environnement ? C’est une question de souveraineté numérique.

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Cette souveraineté ne rime pas avec précipitation. La Secrétaire Générale a insisté sur la prudence. Déployer une IA, c’est bien. Déployer une IA adaptée à l’administration gabonaise, à la société gabonaise, à ses besoins réels, c’est mieux. Cela suppose de former des agents, d’établir des cadres clairs de responsabilités, de protéger les données nationales et de créer une dépendance utile, une plus-value qui reste au Gabon.

Pour le PNUD, présent au Gabon depuis 1974, cet enjeu est transversal. L’IA n’est pas un secteur isolé. C’est un levier pour accélérer toutes les priorités nationales : diversifier l’économie, moderniser les institutions, améliorer la santé et l’éducation, booster l’agriculture et créer des emplois. Mais pour que l’IA bénéficie à tous sans laisser personne au bord du chemin, elle doit être ancrée dans les priorités du pays et fondée sur des choix éclairés, éthiques et inclusifs.

L’inclusion a d’ailleurs marqué symboliquement cette ouverture. La Représentante du PNUD n’a pas manqué de saluer le « côté féminin du présidium », rappelant que la question du genre est fondamentale dans la digitalisation. Une stratégie qui ne valorise pas les talents locaux, et notamment les femmes et les jeunes, est vouée à l’échec. Car comme elle l’a martelé, la jeunesse gabonaise n’est pas la simple bénéficiaire de cette transformation, elle en sera l’actrice, la créatrice et l’innovatrice.

Le processus ne s’arrête pas aux murs de la Cité de la Démocratie. Pour être véritablement participatif, il va à la rencontre des innovateurs. Une rencontre spécifique avec les startups et les acteurs de l’innovation est prévue le 1er octobre à 9h00 à la Maison Verte du PNUD Gabon, à l’entrée du Tropicana. Des réunions bilatérales compléteront également les consultations.

Cet atelier n’a pas vocation à produire une stratégie achevée en trois jours. Il vise à produire la matière première : un diagnostic partagé, des priorités stratégiques claires, des premiers cas d’usage concrets et une feuille de route vers une stratégie complète et validée. Les contributions recueillies serviront à alimenter les prochaines étapes de formulation et de finalisation.

Le Gabon a donc une opportunité unique. Celle de réfléchir avec lucidité et sans naïveté, avec ses partenaires comme le PNUD, pour rédiger lui-même les termes de sa souveraineté numérique. Le message lancé à Libreville est clair : le Gabon ne veut pas seulement utiliser l’intelligence artificielle du monde, il veut que le monde utilise un jour une intelligence artificielle à l’image du Gabon.

Aimé Jordan PANGO

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