NGUEMAH, le DPLG que le Gabon adore détester : faut-il crucifier nos bâtisseurs pour un retard de chantier ?
Libreville – On le présente comme l’un des plus grands architectes DPLG que le Gabon ait enfantés. Erichk MAURO NGUEMAH. Un nom qui claque sur les cartouches de projets à Paris, Dubaï, Kigali ou Libreville. Des façades audacieuses, des volumes assumés : la signature Nguemah s’exporte, et le pays s’enorgueillit. Sauf quand le chantier prend du retard.
À l’étranger, on salue le « starchitecte » gabonais. Ici, le moindre glissement de calendrier devient un procès en sorcellerie. Le dernier projet en date aurait quelques semaines de retard. Réseaux sociaux en ébullition, commentaires assassins, suspicion généralisée. Comme si livrer en retard valait détournement.
Ouvrez n’importe quel rapport de la Banque mondiale sur les BTP : 70% des grands ouvrages dans le monde accusent des retards. Intempéries, rupture de stocks, normes qui évoluent, sous-traitant défaillant. Le chantier est un organisme vivant, pas une équation Excel. Punir un architecte pour un délai, c’est confondre maîtrise d’œuvre et baguette magique.
Les faits sont têtus : Erichk MAURO NGUEMAH n’est visé par aucune procédure pour détournement. Il n’a pas pris un aller simple sans retour. Il est là, sur site, au milieu des plans et des casques. Dans un pays où les scandales financiers ont fait tomber des réputations, le raccourci est facile mais malhonnête. Amalgamer retard et prédation, c’est tirer sur l’ambulance.

De l’hôtel 5 étoiles de la Sablière aux sièges d’institutions à l’étranger, ses bâtiments parlent. Ils disent qu’un Gabonais peut tenir la dragée haute aux agences occidentales, décrocher des concours internationaux, imposer une écriture africaine contemporaine. Combien de DPLG gabonais peuvent en dire autant ? Le dénigrer, c’est scier la branche sur laquelle grimpe la relève.
On connaît la chanson. L’expert gabonais est « brillant » quand il brille ailleurs, « suspect » dès qu’il rentre. On préfère le cabinet étranger hors de prix, quitte à subir les mêmes retards, mais sans le tribunal populaire. Résultat : nos talents s’exilent, et on se plaint ensuite de la fuite des cerveaux.
Faut-il contrôler, auditer, demander des comptes ? Évidemment. L’argent public n’est pas un chèque en blanc. Mais entre contrôle et lynchage, il y a un gouffre. Si chaque aléa de chantier devient un bûcher médiatique, plus personne de sérieux ne signera de marché public au Gabon.
Derrière un architecte DPLG, il y a des ingénieurs, des dessinateurs, des stagiaires, des PME locales qui apprennent. Casser un NGUEMAH, c’est envoyer 50 jeunes au chômage et dire aux autres : « N’osez pas réussir ici ». Le pays a besoin de champions, pas de têtes coupées.
Erichk MAURO NGUEMAH livrera son chantier. Avec du retard, peut-être. Comme Zaha Hadid en a eu. Comme Jean Nouvel en a eu. La question est de savoir si le Gabon veut des bâtisseurs ou des boucs émissaires.
