10 millions pour l’Élysée, des milliards pour certains palais africains : qui se moque de qui ?
Le salaire mensuel du président français vient d’être rendu public : 10 523 078 FCFA, soit un peu plus de 16 000 euros. Pendant ce temps, dans plusieurs capitales africaines, les rumeurs et les rapports officiels évoquent des rémunérations présidentielles qui se chiffrent en milliards de FCFA par mois. Le contraste est brutal. Et il pose une question simple : comment demander à un peuple de se serrer la ceinture quand le sommet de l’État vit hors échelle ?
En France, le salaire présidentiel est connu, publié, débattu. 10 523 078 FCFA, c’est le montant brut mensuel fixé par décret. Ce n’est pas un scandale comptable, c’est un standard institutionnel assumé. En Afrique, le problème n’est pas le niveau de vie d’un chef d’État en soi. C’est l’opacité. Quand on ne connaît pas le salaire officiel, on finit par croire les chiffres qui circulent : budgets de souveraineté, caisses noires, lignes budgétaires floues qui font gonfler l’addition bien au-delà de l’entendement.
Personne ne demande à un président de vivre comme un fonctionnaire de base. La fonction a un coût, une sécurité, des charges de représentation. Mais il y a une ligne rouge : la proportionnalité avec le niveau de vie du pays. Quand 70% de la population vit avec moins de 3 000 FCFA par jour, annoncer des dépenses présidentielles en milliards par mois sans justification claire, c’est une rupture de contrat social. Le peuple ne refuse pas l’État. Il refuse l’indécence.
Les gouvernements africains demandent souvent des efforts : suppression des subventions, hausse de la TVA, gel des recrutements. Logique macroéconomique, soit. Mais l’effort a une dimension morale. Si les sacrifices sont asymétriques, la confiance s’effondre. Un citoyen qui voit son pouvoir d’achat s’éroder pendant que le train de vie du sommet reste intouchable ne coopère plus. Il subit.

Chaque franc pris sur le budget pour financer un train de vie somptuaire est un franc qui ne va pas à l’école, à l’hôpital, à la route, à l’eau. Le problème n’est pas le salaire en tant que tel. C’est l’usage du budget hors contrôle. Quand la transparence budgétaire existe, le débat devient technique. Quand elle n’existe pas, le débat devient politique et conflictuel.
Publier le salaire, publier les avantages, publier les dépenses de la présidence. C’est basique, mais ça change tout. Ça permet de discuter chiffres à la main, pas rumeurs à la bouche. Les pays africains qui veulent restaurer la confiance devraient commencer par là : un site public, des chiffres vérifiables, un contrôle parlementaire réel, une Cour des comptes qui publie et dont les recommandations sont suivies.
Sans transparence, la corruption devient la règle par défaut dans l’esprit public. Avec la corruption supposée, l’impôt devient un vol légal. Et quand l’impôt est illégitime, la mobilisation fiscale s’effondre. Résultat : l’État s’endette, coupe les services, et la pauvreté s’installe. C’est un cercle vicieux qui commence par un refus de publier une ligne budgétaire.
Pas un président qui vit en moine. Un président qui montre l’exemple sur trois points : salaire et avantages publiés, dépenses de souveraineté plafonnées et justifiées, sanctions réelles contre les détournements. Le reste suit. Parce que l’exemple du sommet débloque la coopération à la base.
Comparer le salaire de Macron à celui de tel président africain n’est pas un jeu de jalousie. C’est un test de norme. Dans un pays où les comptes sont publiés, on peut contester, mais on peut aussi vérifier. Dans un pays où rien n’est publié, on ne peut que soupçonner. Et un État qui vit dans le soupçon ne peut pas réformer.
10 523 078 FCFA pour l’Élysée. Le chiffre est public, donc discutable. Les milliards supposés pour certains palais africains ne le sont pas, donc indéfendables. Si l’objectif est la stabilité et la croissance, la première réforme à faire n’est pas fiscale. Elle est comptable : publier, justifier, contrôler. Parce qu’un peuple peut accepter l’austérité. Il n’accepte pas l’humiliation.
