Tribune politique : L’UDB a-t-elle les moyens d’organiser des primaires avant les investitures ?
J’étais présent ce jour-là au palais des sports. J’ai voulu vivre cet avènement politique de mes propres yeux et jauger le pouls de cette nouvelle formation politique. La salle du palais des sports a refusé du monde et on y a vu tout le monde. Celles et ceux qui ont œuvré à porter le Président de la République lors de la dernière présidentielle du 12 avril 2025, celles et ceux qui sont sortis au lendemain du 30 août pour célébrer le coup de libération mais aussi des anonymes qui ont joué un rôle et pas des moindres dans l’avènement du 1er président de la 5ème République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA.
Tout était réuni pour déjouer les prédictions maléfiques de certains commentateurs politiques qui ne ratent aucune occasion pour essayer d’enfoncer le clou en affirmant que le Chef de l’Etat n’a point besoin d’un parti politique à ce moment précis. Vous le savez, moi j’ai toujours milité pour faire entendre une voix contraire, convaincu que Brice OLIGUI NGUEMA ne peut pas entrer dans l’histoire politique africaine comme étant le seul président démocratiquement élu, qui ne devrait finalement s’appuyer sur aucune formation politique pour la suite de son mandat.
Dans l’allocution très attendue du président-fondateur de l’UDB, un passage a été très applaudi. Il entend organiser au sein de l’Union Démocratique des Bâtisseurs des primaires pour aboutir à des investitures plébiscitées par le peuple gabonais. Cela trancherait avec la posture presque nationale qui consiste à investir des candidats sur la base de l’affinité et de la très célèbre phrase : « le président-fondateur a dit que… ».
Sauf que nous sommes à quelques semaines seulement de la période indiquée par le Ministère de l’Intérieur (du 27 juillet au 7 août 2025) pour le dépôt des dossiers de candidature. Si l’UDB s’en tient à la parole sacrée de son fondateur, elle devra organiser les primaires au plus vite, c’est une mini-élection qui interroge les partisans (adhérents) d’un parti sur les personnalités qu’ils souhaitent voir investies par la hiérarchie du parti. Cet exercice se veut démocratique et sincère avant de publier les résultats et investir les vainqueurs pour l’élection législative et locale.
La réalité est que le président-fondateur a voulu un parti qui rassemble tous les Gabonais. La notion d’inclusivité continue de résonner dans l’esprit de Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA depuis sa prise de pouvoir. Aussi, devrais-je rappeler que le Chef de l’Etat a toujours voulu favoriser l’émergence d’une nouvelle élite tout en ne fâchant pas celles et ceux qui ont été à la manœuvre politique ces dernières années.

Par expérience, les primaires en Afrique ne sont jamais une occasion pour conforter la compétition politique (la démocratie) mais plutôt une occasion de se régler des comptes avec au final, le déchirement des formations politiques. Jamais un parti n’en est sorti indemne, c’est-à-dire sans frustrations profondes.
Aussi, un nombre grandissant de partis politiques établis depuis belle lurette, a choisi de se faire absorber par l’Union Démocratique des Bâtisseurs. Il serait presqu’impensable que les leaders et membres éminents de ces partis-là, se soumettent à des primaires, vécues par certains comme une humiliation au regard de leur pédigrée politique. Ceux-là militeraient pour un arbitrage du président-fondateur de l’UDB qui leur serait favorable. A ce sujet, il serait juste de reconnaitre que dans certaines circonscriptions électorales, il y a tout de même des noms qui pourraient s’imposer naturellement, mais l’évidence subjective n’est pas une norme démocratique.
C’est pour cela que je pense que le premier test de l’UDB sera celui d’avancer soit vers la voie indiquée par le président-fondateur Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA en organisant les primaires, ou de considérer que le temps est trop court et les enjeux trop grands pour s’essayer à la démocratie véritable. L’autre conséquence de cette démarche démocratique des primaires est que de grands noms déjà UDBistes pourraient y laisser des plumes et considérer malhonnêtement qu’il s’agissait plus d’un complot politique ourdi contre eux plutôt qu’un exercice véritablement démocratique.
A supposer que certains ministres, désireux d’obtenir une légitimité populaire soient battus soit aux primaires, soit aux élections législatives et locales proprement dites, les conséquences d’un tel désaveu pourraient forcer le premier Président de la 5ème République, à en tirer toutes les conséquences et à procéder à un remaniement gouvernemental express. Il ne serait pas juste politiquement de voir au gouvernement, un homme ou une femme qui a été battu sur le terrain jouer les premiers rôles, alors qu’un candidat UDB victorieux dans la même devrait se contenter des seconds rôles. La crise d’autorité ou de légitimité serait à ce moment-là établie.
Pour revenir sur les primaires annoncées lors du discours du 5 juillet 2025 au palais des sports, il faudra au Secrétariat général de l’UDB s’armer de courage politique pour soit indiquer que le parti ne pourra pas organiser des primaires pour les élections du 27 septembre 2025 pour des raisons de temps ou indiquer clairement que la parole du président-fondateur sera bel et bien respectée et s’y atteler dès maintenant. Jeff Bezos disait : « Il y a une chose plus dangereuse que de prendre une mauvaise décision : c’est de prendre une décision trop tard ».
Jo DIOUMY MOUBASSANGO
