Ordre dans le Temple : les Évêques pentecôtistes du Gabon sortent l’artillerie lourde
Ce dimanche 26 avril 2026 à 16h, Libreville a vu naître une structure que beaucoup attendaient, que d’autres redoutaient : le Collège Épiscopal National. Archevêques et Évêques évangéliques et pentecôtistes du Gabon ont officialisé leur sortie, bible en main et règlement intérieur dans l’autre. L’objectif est gravé noir sur blanc : mettre fin au désordre dans l’évêché charismatique. Fini les ordinations sauvages, les titres autoproclamés, les évêques du jour au lendemain. Place à la discipline.
L’idée ne sort pas de nulle part. Du 18 au 21 mars, l’École Épiscopale de la sous-région avait planté le décor à Libreville. À l’arrivée, un constat : trop de mitres, pas assez de règles. Le Collège Épiscopal National se présente donc comme « le fruit d’une vision claire reçue du Seigneur JESUS-CHRIST lui-même ». Traduction terrain : Dieu veut de l’ordre dans sa maison, et les autorités du pays veulent y voir clair. Car derrière les soutanes, il y a des églises qui pèsent, des fidèles qui votent, des œuvres qui brassen. L’État n’a plus envie de négocier avec 50 évêques auto-institués.

Concrètement, le Collège devient l’organe de gouvernance spirituelle et d’unité du Corps de CHRIST. Il regroupe Archevêques, Évêques et les cinq ministères qui aspirent à l’épiscopat. Sa mission première : réguler les ordinations et les graduations épiscopales. En clair, personne ne sera plus évêque sans passer par le filtre du Collège. Un verrou posé sur une pratique qui, disent les initiés, frisait parfois l’anarchie. L’enjeu est de crédibiliser la fonction et de protéger les brebis des loups en col romain.
Mais le Collège ne s’arrête pas à la police des titres. Il se dote d’une charte pour cadrer les rapports entre membres et avec les autres structures qui partagent les mêmes objectifs. Statuts, règlement intérieur, code de conduite : l’arsenal juridique est sorti. L’Église pentecôtiste gabonaise se bureaucratise, au nom de la « sainte doctrine » et de « l’harmonie dans le service ». Pour les fondateurs, c’est 1 Corinthiens 14 :33 appliqué : « Car DIEU n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. »


Côté architecture, le Collège a déjà son gouvernement. Un bureau exécutif avec mandat de 2 ans, chapeauté par un conseil épiscopal composé des Archevêques. À la présidence du bureau : l’Archevêque Jean Baptiste Moulaka, entouré de 7 Évêques membres. Un exécutif resserré pour décider vite, un conseil des sages pour veiller au grain. Le message aux églises locales est net : la récréation est terminée, il y a désormais une hiérarchie, des règles, et des sanctions possibles.
L’État, lui, observe avec intérêt. Le Collège promet d’aider « les autorités administratives à avoir une bonne lisibilité de cet office ». Comprendre : quand le ministère de l’Intérieur voudra savoir qui parle au nom des pentecôtistes, il aura un interlocuteur unique, légitime, traçable. Fini le flou où chaque pasteur influent se revendique représentant national. Dans un Gabon où les églises de réveil pèsent lourd socialement, c’est un enjeu de gouvernance autant que de spiritualité.

Reste la question qui fâche : le Collège va-t-il réussir à discipliner un milieu connu pour son indépendance farouche ? Réguler les ordinations, c’est toucher au pouvoir, à l’ego, à l’argent des offrandes. Certains évêques hors Collège crieront à la mainmise, d’autres parleront de « papauté évangélique ». Le bureau de Mgr Moulaka devra manier la crosse et la carotte : sanctionner les dérives sans donner l’impression d’étouffer les ministères émergents. L’équilibre sera le vrai test de maturité.
En attendant, le Collège Épiscopal National s’est mis en marche le 26 avril, « sous la conduite du SAINT-ESPRIT ». Paroles d’évêques, actes à suivre. Si l’outil tient ses promesses, l’Église pentecôtiste gabonaise gagne en structure ce qu’elle perd en improvisation. Si le Collège échoue, il ne sera qu’un titre de plus sur des cartes de visite. Une chose est sûre : le chantier de l’ordre a commencé. Et au Gabon, quand les évêques parlent de discipline, même les politiques tendent l’oreille.
Aimé Jordan PANGO
