Gabon Poste : 20 ans, 150 morts, 0 franc. Les ex-agents sortent du silence mardi

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Mardi 9 juin 2026, 09h30, derrière CK-2 à Libreville. Les ex-agents de Gabon Poste liquidée en 2006 se retrouvent en assemblée générale. Le motif : 20 ans sans toucher la “transactionnelle”, cette indemnité promise par l’État et jamais payée. 20 ans de dossiers, d’arrêtés, de rapports d’experts américains enterrés. 20 ans de familles brisées, de veuves et d’orphelins abandonnés. Pour le collectif, l’heure n’est plus à la patience. C’est à l’explication publique.

 

En décembre 2005, le Conseil des Ministres prononce la liquidation amiable de Gabon Poste. Deux volets sont actés : les droits légaux, payés de manière chaotique, et la transactionnelle, censée compenser la perte d’emploi.

 

Résultat 20 ans plus tard : les droits légaux sont arrivés au compte-gouttes. La transactionnelle, elle, n’a jamais été versée.

 

L’Arrêté 044/06 du 11 avril 2006, signé par les ministres des Postes et des Finances de l’époque, encadre pourtant l’exécution du plan social. Le cabinet américain _Decision Analysis Partners_, recruté après appel d’offres international, livre en 2006 une synthèse exécutive et un plan social calqué sur le modèle Gabon Télécom. Le rapport de la Commission Interministérielle du 13 septembre 2006 valide le tout.

 

Sur le papier, tout est prêt. Dans la réalité, rien ne bouge.

 

Le collectif ne parle pas de chiffres abstraits. Il parle de vies.

– Plus de 150 ex-agents morts depuis 2006, souvent dans des conditions précaires.

– Des enterrements d’indigents, l’État absent.

– Des veuves, des orphelins, des mères de famille sans prise en charge pendant deux décennies.

– Des enfants déscolarisés, des familles disloquées.

 

“On nous a traités comme des déchets administratifs”, résume un ancien cadre. La transactionnelle n’était pas un bonus. C’était l’indemnité censée permettre de rebondir. Sans elle, pas de reconversion, pas de petit commerce, pas de sécurité pour les familles.

 

C’est là que ça coince. Lors de la liquidation de Gabon Télécom, les déflatés ont touché 24 à 40 mois de transactionnelle. Les fonds d’insertion FIR-1 et FIR-2 ont été payés. Les fonctionnaires déflatés ont même été repris dans la Fonction Publique.

 

Même État. Même période. Même type de liquidation. Résultat différent.

 

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Pour le collectif, la preuve est simple : la fiche technique de Félix ONKEYA, secrétaire du Comité de Privatisation, confirme que la transactionnelle de Gabon Poste n’a jamais été payée. Des fiches de paie comparatives montrent l’écart. L’Agence Judiciaire du Trésor a bien payé Gabon Télécom après des recours gagnés. Pourquoi pas Gabon Poste ?

 

C’est la question qui fâche. Le collectif accuse les comités de privatisation et de liquidation d’avoir “cherché des artifices pour justifier la dilution des fonds mis à disposition par l’État”.

 

L’État a bien acté la dette. La Cour des Comptes a même écrit à la Présidence pour inscrire la transactionnelle dans la dette intérieure. La Présidence a transmis le dossier au Ministère du Budget.

 

Et depuis ? Silence. Relance sur relance. Lettres de l’ANAVEA aux ministres de l’Économie et du Budget restées sans effet concret.

 

Marre des coulisses. Le collectif réclame un débat télévisé en direct sur Gabon 24 avec le journaliste Agaya, et sur Gabon Télévision avec Tchibinda.

 

Objectif : mettre autour de la table les acteurs de la privatisation et de la liquidation, poser les documents sur la table, et expliquer aux Gabonais pourquoi 20 ans après, une dette d’État n’est toujours pas payée.

 

“On veut éclairer Son Excellence le Président de la République et l’opinion. On n’a rien à cacher. Et eux ?” lance un membre du bureau.

 

Cette assemblée générale n’est pas une énième réunion. C’est une mise au point publique avant de passer à l’étape supérieure.

 

Message du bureau : présence obligatoire des concernés et ayants droit de Libreville. “Unis, nous sommes forts”.

 

En face, l’État ne peut plus jouer la montre. Le dossier est documenté. Les références sont là : Conseil des Ministres 2005, Arrêté 044/06, rapport DAP 2006, courriers de la Cour des Comptes, fiches techniques du Comité de Privatisation.

 

Il ne reste qu’une chose à faire : payer.

 

20 ans, c’est une génération. 20 ans à attendre une indemnité promise, c’est 20 ans de méfiance envers l’État. Si le Gabon de 2026 veut tourner la page des injustices administratives, le dossier Gabon Poste est le test.

 

Mardi, les ex-agents parleront. Reste à savoir qui osera répondre.

 

Aimé Jordan PANGO 

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