MÉDICAMENTS : QUAND LE BURKINA CONSTRUIT ET LE GABON LAISSE ROUILLER
À Ouagadougou, on pose les fondations. À Libreville, on laisse l’outil se dégrader. Le Burkina Faso accélère avec FASO-PHARMA et le technopôle de Kokologho pour produire génériques et vaccins. Le Gabon, lui, regarde La Santé Pharmaceutique, sa seule usine, s’enfoncer deux mois après la réunion d’urgence du Président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA.
Même objectif : la souveraineté sanitaire. Méthodes opposées.
Le constat est brutal. 80 employés au chômage technique, des stocks qui périment, des machines à l’arrêt. Des délégations visitent, des discours sont tenus. Mais pas de commandes publiques massives, pas de plan de relance affiché.
Pendant ce temps, les hôpitaux gabonais manquent régulièrement de médicaments essentiels. Le paradoxe est saisissant : on importe cher ce qu’on pourrait produire ici.
Le Burkina ne se contente pas de vœux. Il crée un écosystème. FASO-PHARMA pour porter la politique. Kokologho pour regrouper usines, R&D et formation. Des unités comme PROPHARM fabriquent déjà du paracétamol et d’autres essentiels.
L’idée est simple : chaque comprimé « Made in Burkina » est un comprimé de moins à mendier à l’extérieur.
Une usine pharmaceutique, ça ne supporte pas le vide. Sans cash-flow, sans cadence, les équipements s’oxydent, les certifications expirent, les techniciens partent.
Relancer dans 6 mois coûtera deux fois plus cher que relancer aujourd’hui. En attendant, c’est la crédibilité de la promesse de souveraineté qui s’érode.
Le Burkina oriente ses marchés vers le local. Le Gabon hésite encore. Or l’Office Pharmaceutique National a la clé : qui achète, décide.
Si l’OPN garantit 12 mois de commandes à La Santé Pharmaceutique, l’usine respire. Si elle continue d’importer 90% de ses besoins, l’usine meurt. Ce n’est pas technique. C’est politique.
Personne ne dit de tout produire demain. Qualité, homologation, prix, volumes : tout compte.
Mais d’autres pays l’ont tranché : réserver le marché public local pour les gammes simples — solutés, sirops, antibiotiques de base — et importer le reste.
Le Gabon a l’usine. Il lui manque la décision.
À Libreville circule une rumeur : des lobbys de l’import freinent la relance. Aucune preuve publique.

Mais quand les décisions tardent et que le marché est opaque, la suspicion prospère. Résultat : les Gabonais pensent que l’économie de la santé profite à quelques-uns. C’est dangereux pour l’État.
Le Burkina partait de plus loin. Il n’avait pas d’usine historique. Il a choisi de construire, former, normer.
Le Gabon, lui, a déjà l’usine. Il a un avantage comparatif. Le laisser mourir, ce serait un gâchis industriel et symbolique.
Construire est dur. Détruire par négligence est plus rapide.
Plus d’états généraux. Un plan de sauvetage en 5 points :
1. Commandes publiques garanties de l’OPN sur 12 mois
2. Avances de trésorerie pour les matières premières
3. Audit qualité accéléré pour débloquer la réglementation
4. Protection des 80 emplois et reprise progressive
5. Tableau de bord public pour suivre la relance, chiffre par chiffre. Sans ça, les intentions resteront des discours.
Le Burkina montre qu’on peut décider de ne plus dépendre. Le Gabon montre qu’avoir un outil ne suffit pas, il faut l’utiliser.
La Santé Pharmaceutique n’est pas qu’une entreprise. C’est un test. Test de la capacité de l’État à transformer une instruction présidentielle en actes industriels.
À Ouaga, on fabrique. À Libreville, on a encore le choix : sauver l’usine, ou expliquer aux Gabonais pourquoi on a préféré continuer d’importer.
Aimé Jordan PANGO
