CANCERS DE L’ENFANT : LE GABON DÉCIDE DE VOIR TÔT POUR AGIR TÔT
Le rideau est tombé sur Septembre en Or. Ce mercredi 23 septembre, le séminaire de clôture de cette campagne mondiale dédiée aux cancers pédiatriques a réuni à Libreville tout ce que le Gabon compte de blouses blanches engagées. Un objectif unique a guidé les débats : apprendre à détecter plus tôt pour sauver plus d’enfants.
Dans la salle, il y avait du beau monde et surtout toutes les générations de la médecine gabonaise. Des professeurs de médecine chevronnés, des pédiatres de terrain, des médecins généralistes qui sont souvent la première porte d’entrée, des internes et des infirmiers. Tous sont venus avec la même volonté : affûter leur regard face à une maladie qui avance souvent masquée chez l’enfant.

Car le cancer pédiatrique est un tueur silencieux et pressé. Contrairement à l’adulte, il ne prévient pas avec des facteurs de risque connus. Une fièvre qui traîne, une douleur osseuse nocturne, un reflet blanc dans l’œil, une petite boule, une fatigue inexpliquée. Des signes banals que l’on met souvent sur le compte de la croissance ou du paludisme. Le drame est que lorsque le diagnostic est enfin posé, il est souvent trop tard.
C’est tout le sens de ce séminaire. Il ne s’agissait pas d’un colloque théorique de plus, mais d’un atelier pratique pour muscler les réflexes. Comment orienter ? Qui alerter ? Quels examens demander en urgence ? Les échanges ont été nourris, sans langue de bois, avec des retours d’expérience poignants de médecins qui ont vu des enfants arriver en stade terminal faute d’avoir su reconnaître l’alerte trois mois plus tôt.
Le moment fort de la journée a été l’intervention du Pr Essi Sein, venue spécialement du Maroc. Présidente du Groupe Franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique, le GFAOP, elle est l’une des voix les plus respectées du continent en oncopédiatrie. Son message a été clair et sans détour : en Afrique, on ne meurt pas seulement du cancer de l’enfant, on meurt surtout du retard au diagnostic. Et ce retard se combat par la formation.

Sa présence à Libreville n’est pas anodine. Elle symbolise l’entrée du Gabon dans un réseau africain d’excellence qui refuse la fatalité. Le GFAOP prouve depuis des années que même avec peu de moyens, on peut guérir 7 enfants sur 10 si on les prend à temps. Le problème n’est donc pas seulement l’absence de chimiothérapie de pointe, c’est d’abord l’absence de soupçon.
Les organisateurs de Septembre en Or Gabon 2026 l’ont martelé comme un slogan qui doit devenir un réflexe national : « Voir tôt. Agir tôt ». Et pour voir tôt, il faut que le premier maillon de la chaîne, le médecin généraliste du dispensaire le plus reculé, le pédiatre de Lambaréné ou de Makokou, soit formé. Un professionnel mieux informé, c’est une chance de plus pour un enfant.
Car derrière les statistiques, il y a des familles brisées. Au Gabon, comme ailleurs, les cancers de l’enfant restent tabous, souvent attribués à la sorcellerie, ce qui retarde encore plus le recours aux soins. Lutter contre le cancer pédiatrique, c’est donc aussi lutter contre l’ignorance et la peur.
Ce séminaire de clôture n’est donc pas une fin, mais un début. Il pose les bases d’une nouvelle culture médicale au Gabon : celle de la vigilance systématique. Si chaque soignant sort de cette salle avec en tête un seul signe d’alerte qu’il ne manquera plus jamais, alors Septembre en Or aura gagné son pari.
La bataille contre les cancers de l’enfant ne se gagnera pas seulement avec des machines, elle se gagnera avec des yeux qui savent regarder.
Aimé Jordan PANGO
