RIZICULTURE : À OWENDO, DES JEUNES GABONAIS VEULENT REMPLACER 45 MILLIARDS D’IMPORTATIONS PAR DU RIZ 100% GABONAIS

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Il s’appelle Hermann Davy Kavougou. Il est Gabonais, riziculteur, formé au Système de Riziculture Intensive, le SRI, et à la production semencière par le CORAF. Et il porte une conviction qui dérange : le Gabon peut se nourrir lui-même. Dans sa parcelle expérimentale de Ça m’étonne-Ompouyi, derrière la pédiatrie d’Owendo, il est en train de prouver que la terre gabonaise peut produire ce que nous achetons à prix d’or à l’étranger.

 

Son constat est brutal et chiffré. Au Gabon, le riz n’est pas un aliment comme un autre. Avec le manioc et la banane, c’est la base de notre alimentation. Comme il le dit si bien : « Le riz n’a pas de classe sociale. Il n’y a pas de riches, pas de pauvres, il n’y a que des consommateurs ». Pourtant, ce produit vital, nous ne le produisons presque pas. Le pays importe chaque année près de 95 000 tonnes de riz pour 45 milliards de francs CFA. 45 milliards qui s’envolent, qui enrichissent les producteurs asiatiques et qui appauvrissent le Gabon.

 

Pour le jeune agriculteur, cette hémorragie financière est une aberration économique. Ces 45 milliards, explique-t-il, pourraient être réinjectés ici pour aménager des bas-fonds, construire des laboratoires semenciers, acheter des décortiqueuses et financer les producteurs locaux. C’est tout le paradoxe gabonais : un pays aux terres immenses et à la pluie abondante qui préfère importer ce qu’il peut cultiver lui-même. Alors que des pays du Sahel, avec trois mois de pluie, produisent du riz, comment le Gabon, avec neuf mois de saison des pluies, peut-il rester dépendant ?

 

L’argument climatique tient. Mais l’espoir vient surtout de la science. Pendant longtemps, le Gabon a buté sur l’absence de semences adaptées. Ce verrou est en train de sauter. Grâce au Programme National de Production de Semences, le PENSAV-PS, et aux travaux de la chercheuse gabonaise, le Professeur Yonnelle Dea Moukoumbi, trois variétés de riz 100% gabonaises ont été homologuées en 2025 : Cheyi, Mboma et Moukafaci. Trois noms qui sont une révolution silencieuse, car ils offrent enfin aux paysans des semences pensées pour notre sol et notre climat.

 

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Sur le terrain, Kavougou applique une méthode qui change tout : le Système de Riziculture Intensive. C’est le contraire de l’agriculture extensive qui gaspille. Avec le SRI, on utilise moins d’eau, moins de semences, moins d’engrais, mais on produit beaucoup plus. Sur son site d’Owendo, les résultats sont parlants : 7 à 8 tonnes à l’hectare en riz irrigué, et 3 à 4 tonnes en riz pluvial sur terre ferme. Avec des cycles courts de 110 à 130 jours, soit trois à quatre mois entre le repiquage et la récolte. En clair, on peut faire deux récoltes par an là où on n’en faisait aucune.

 

Au-delà du grain, c’est toute une chaîne de valeur et des emplois qui peuvent naître. La riziculture n’est pas juste un champ, c’est un écosystème : « il faut des agronomes, des conducteurs de machines, des techniciens pour l’irrigation, des unités de transformation pour passer du paddy au riz blanc, des transporteurs, des commerciaux. « Notre bureau, c’est la terre », lance le jeune producteur. Un message direct à une jeunesse qu’on a trop longtemps orientée vers les bureaux climatisés de Libreville, alors que l’or vert l’attend.

 

Mais la volonté ne suffit plus. Et c’est là que le message de ces jeunes devient un interpellation politique. Ils sont formés, ils sont prêts, ils ont la terre sous les pieds et les variétés dans les mains. Ce qui manque, ce sont les trois leviers que seul l’État peut actionner : le foncier sécurisé, le financement et la mécanisation. Sans tracteurs, sans aménagements hydro-agricoles, sans décortiqueuses, la riziculture restera une agriculture de subsistance expérimentale à Owendo.

 

Hermann Davy Kavougou ne demande pas la charité, il propose un deal : « Donnez-nous les moyens et nous allons produire ». Il a transformé sa petite parcelle en salle de classe à ciel ouvert, où il invite les élèves à venir voir comment pousse le riz qu’ils mangent le soir. La démonstration est faite. Le Gabon a les terres, il a l’eau, il a désormais les semences et il a surtout la jeunesse pour le faire. Il ne reste plus qu’à transformer ces 45 milliards d’importations en 45 milliards d’investissements pour nourrir le pays.

 

Par Roselyne Geneviève BEKALE 

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